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Acidification des océans causes et conséquences pour la biodiversité marine

Acidification des océans causes et conséquences pour la biodiversité marine

Acidification des océans causes et conséquences pour la biodiversité marine

Une assiette d’huîtres au réveillon, un tube de crème solaire glissé dans le sac de plage, un filet de poissons au supermarché : derrière ces gestes banals, il y a un point commun invisible. Tous dépendent d’un océan en équilibre chimique relativement stable depuis des millions d’années. Or, en quelques décennies, cet équilibre est en train de basculer : l’océan devient plus acide.

On parle beaucoup de réchauffement climatique. Beaucoup moins de l’« autre » grand effet du CO₂ : l’acidification des océans. Pourtant, pour la biodiversité marine, c’est un bouleversement majeur, déjà mesurable et lourd de conséquences pour les décennies à venir.

Qu’appelle-t-on exactement « acidification des océans » ?

L’acidification des océans désigne la baisse progressive du pH de l’eau de mer due à l’absorption de dioxyde de carbone (CO₂) présent dans l’atmosphère.

Quelques repères chiffrés :

Important : un pH de 8,1 reste basique (au-dessus de 7), mais ce qui compte ici, ce n’est pas le fait que l’eau devienne « acide » au sens courant, c’est la vitesse et l’ampleur du changement. Les organismes marins se sont adaptés sur des millions d’années à un pH très stable. Nous modifions ce paramètre en quelques dizaines d’années.

Comment le CO₂ rend-il l’océan plus acide ? (un peu de chimie, mais pas trop)

Environ un quart du CO₂ émis chaque année par les activités humaines est absorbé par l’océan. Ce CO₂ réagit avec l’eau selon une chaîne de réactions relativement simple :

Conséquence collatérale : plus d’ions H⁺ dans l’eau signifie aussi moins d’ions carbonate (CO₃²⁻) disponibles. Or ces ions carbonate sont indispensables pour de nombreux organismes marins qui fabriquent un squelette ou une coquille en carbonate de calcium (CaCO₃) : coraux, coquillages, certains planctons, algues calcaires…

Donc, en résumé :

D’où vient ce CO₂ supplémentaire ? Le lien avec notre quotidien

L’augmentation du CO₂ atmosphérique est d’abord liée à la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) et, dans une moindre mesure, à la déforestation et à certains procédés industriels (cimenterie, production de métaux, etc.).

Quelques ordres de grandeur (données GIEC et Agence internationale de l’énergie) :

Concrètement, derrière un plein d’essence, un chauffage au gaz, un vol en avion ou la production d’électricité à partir de charbon, on a donc un « service » peu visible mais réel : l’océan stocke une partie du CO₂ émis, limitant l’ampleur du réchauffement. Mais cette « aide » a un coût chimique très concret : l’acidification.

Quels écosystèmes marins sont les plus vulnérables ?

Tous les écosystèmes marins ne sont pas touchés de la même façon. Certains sont particulièrement sensibles à la baisse de pH et à la diminution des ions carbonate.

Les récifs coralliens sont souvent cités comme les premières victimes :

Les récifs coralliens ne couvrent qu’environ 0,2 % des fonds marins, mais abritent près d’un quart des espèces marines décrites. Leur fragilisation a donc un impact démultiplié sur la biodiversité.

Les organismes calcificateurs du plancton sont également en première ligne :

Enfin, les zones naturellement froides et riches en CO₂, comme les hautes latitudes (Arctique, Antarctique) ou certaines zones d’upwelling (remontée d’eaux profondes), sont particulièrement exposées, car :

Quels impacts concrets sur la biodiversité marine ?

Les effets de l’acidification ne se résument pas à des coquilles qui se dissolvent. Ils concernent aussi la croissance, la reproduction, la survie des larves, la capacité à se nourrir ou à se défendre…

Les principales catégories d’impacts observées dans la littérature scientifique sont les suivantes.

1. Calcification et intégrité des structures

Par exemple, des élevages d’huîtres sur la côte ouest des États-Unis ont déjà subi des mortalités massives de larves lorsque des eaux plus acides sont remontées à la surface. Les écloseries ont dû adapter leurs pratiques (surveillance du pH, modification de l’apport en eau de mer) pour limiter les pertes.

2. Reproduction, développement et survie des larves

Beaucoup d’organismes marins ont un cycle de vie qui comprend un stade larvaire particulièrement sensible aux conditions chimiques de l’eau. Plusieurs études ont montré :

Ces effets peuvent passer inaperçus à court terme mais, cumulé sur plusieurs générations, cela signifie potentiellement des populations en déclin.

3. Comportement et physiologie des poissons

On pourrait penser que les poissons, sans coquille calcaire, sont « tranquilles ». Ce n’est pas si simple. Un pH plus bas modifie aussi la chimie interne de l’organisme et peut affecter :

Des expériences en laboratoire ont par exemple montré que certains poissons-clowns juvéniles exposés à des niveaux de CO₂ élevés perdaient leur capacité à éviter l’odeur de prédateurs, ce qui accroît leur mortalité potentielle à l’état sauvage.

4. Réorganisation des communautés et des chaînes alimentaires

L’acidification ne « tue » pas uniformément toutes les espèces. Certaines sont très sensibles, d’autres plus tolérantes, quelques-unes peuvent même en tirer parti. Cela entraîne des réorganisations :

Pour la biodiversité, cela signifie une perte de complexité structurale (moins d’habitats, moins de niches écologiques) et souvent une diminution de la richesse spécifique locale, même si certaines espèces s’adaptent ou se déplacent.

Acidification, réchauffement, désoxygénation : un cocktail à risques

L’acidification n’agit pas seule. Elle se combine avec :

Par exemple, un corail confronté à la fois à une température plus élevée, à une eau plus acide et à une pollution locale par les nutriments aura beaucoup plus de mal à survivre qu’avec un seul de ces facteurs. Les scientifiques parlent d’effets cumulatifs ou synergiques.

Les rapports du GIEC et de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité (IPBES) convergent : la combinaison de ces pressions anthropiques rapproche certains écosystèmes marins de points de bascule, au-delà desquels les changements deviennent rapides et difficiles à inverser à l’échelle humaine.

Quelles implications pour les pêches et les communautés humaines ?

Les impacts de l’acidification ne concernent pas seulement les écosystèmes « lointains ». Ils touchent directement :

Quelques exemples concrets :

Selon la FAO, environ 800 millions de personnes dépendent directement de la pêche et de l’aquaculture pour leur subsistance. Toute perturbation majeure des écosystèmes marins a donc aussi une dimension sociale et économique très concrète.

Que peut-on faire à l’échelle globale ?

Sur ce sujet, le message scientifique est particulièrement clair : l’acidification des océans est directement liée à la concentration de CO₂ dans l’atmosphère. Tant que les émissions nettes ne baissent pas fortement, l’acidification se poursuivra.

Les leviers principaux sont donc :

Les scénarios qui respectent les objectifs de l’Accord de Paris (limiter le réchauffement bien en dessous de 2 °C, si possible 1,5 °C) sont aussi ceux qui limitent le plus l’ampleur future de l’acidification.

Y a-t-il des solutions locales pour atténuer les impacts ?

On ne peut pas « neutraliser » l’acidification de tout un océan avec une action locale, mais il est possible de renforcer la résilience des écosystèmes marins et des communautés côtières.

Quelques pistes déjà mises en œuvre ou à l’étude :

Certaines recherches explorent aussi des techniques d’« alcalinisation » locale (ajout contrôlé de substances basiques dans l’eau) pour compenser l’acidification autour de sites sensibles ou d’installations aquacoles, mais ces approches restent expérimentales et posent des questions d’impacts secondaires, de coûts et de gouvernance.

Ce que l’on sait, ce qui reste incertain, et ce que chacun peut faire

Sur l’acidification des océans, les bases scientifiques sont solides, mais certaines conséquences restent difficiles à quantifier précisément. Distinguer les deux est essentiel pour agir de manière lucide.

Ce que l’on sait avec un haut niveau de confiance

Ce qui reste incertain ou très variable selon les régions

Ce que chacun peut faire, à son échelle

On ne « corrige » pas l’acidification des océans en ramassant des déchets sur la plage, même si ce geste reste utile pour d’autres raisons. Les leviers sont en grande partie liés au climat et à la pression globale sur les écosystèmes marins :

L’acidification des océans n’est ni une menace abstraite ni un scénario de science-fiction. C’est une transformation chimique mesurable, en cours, qui affecte déjà la biodiversité marine et, par ricochet, nos sociétés. Comme pour le climat, chaque tonne de CO₂ non émise compte. Chaque pression évitée sur les écosystèmes marins aussi. L’enjeu n’est pas de « sauver » l’océan tel qu’il était au siècle dernier, mais de limiter l’ampleur des perturbations pour laisser aux espèces, et à nous-mêmes, une chance raisonnable de s’y adapter.

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