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Agriculture régénératrice, un nouvel espoir pour les sols et la biodiversité face au dérèglement climatique

Agriculture régénératrice, un nouvel espoir pour les sols et la biodiversité face au dérèglement climatique

Agriculture régénératrice, un nouvel espoir pour les sols et la biodiversité face au dérèglement climatique

Si vous achetez vos légumes sur un marché, vous avez sans doute déjà entendu un maraîcher vous dire : « Ici, on régénère le sol, on ne le détruit pas ». Mais que signifie vraiment cette promesse d’« agriculture régénératrice » dont se réclament désormais des petites fermes bio… et de grandes marques agroalimentaires ? Nouvelle révolution agricole ou simple changement d’étiquette sur des pratiques déjà connues ?

Derrière le slogan, il y a un enjeu très concret : des sols qui s’érodent, une biodiversité ordinaire qui s’effondre, et un climat qui se dérègle. Selon la FAO, un tiers des sols de la planète est déjà dégradé, et nous perdons chaque année l’équivalent de millions d’hectares de terres agricoles à cause de l’érosion et de la salinisation. Dans ce contexte, toute approche capable de restaurer la fertilité des sols tout en stockant du carbone mérite d’être regardée de près.

Ce que recouvre vraiment l’agriculture régénératrice

Il n’existe pas, à ce jour, de définition juridique unique de l’agriculture régénératrice. C’est une première source de confusion. On y met parfois presque tout et n’importe quoi. Mais si l’on regarde les référentiels utilisés par des organismes comme le Rodale Institute (États-Unis) ou le label français « Label Bas-Carbone – Grandes cultures », on retrouve quelques piliers communs :

Autrement dit, l’objectif n’est pas seulement de « faire moins de dégâts », mais de restaurer des fonctions écologiques : capacité du sol à stocker du carbone, à filtrer l’eau, à nourrir les plantes, à fournir des habitats aux invertébrés, aux champignons, aux bactéries.

On est donc proche de l’agroécologie, mais avec un accent très fort mis sur le sol comme « écosystème vivant » au cœur de la régulation du climat et de la biodiversité.

Les sols : un allié massif (mais fragile) face au dérèglement climatique

Un sol sain, riche en matière organique, fonctionne comme une éponge et comme une batterie de carbone.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les sols contiennent environ 2 à 3 fois plus de carbone que l’atmosphère. Or, une partie importante de ce stock a été perdue avec la généralisation du labour intensif, la monoculture et la destruction des haies depuis les années 1950.

Les pratiques régénératrices visent à inverser cette tendance. Des méta-analyses publiées dans des revues comme Global Change Biology montrent que :

Ces ordres de grandeur peuvent sembler modestes, mais si l’on les applique à des millions d’hectares, l’effet devient significatif. C’est l’idée avancée, par exemple, par l’initiative française « 4 pour 1000 », qui vise une augmentation annuelle de 0,4 % des stocks de carbone dans les sols à l’échelle mondiale, pour compenser une partie des émissions de CO₂.

Attention toutefois : le sol n’est pas un « puits sans fond ». Il existe un plateau de stockage au-delà duquel le gain ralentit, et une partie du carbone stocké peut être reperdue si les pratiques changent à nouveau (retour au labour, abandon des couverts…). L’agriculture régénératrice est donc un levier important, mais conditionné à la durée et à la cohérence des pratiques.

Biodiversité : ce qui se passe quand on regarde sous la surface

On parle beaucoup des abeilles, moins des vers de terre, des collemboles ou des champignons mycorhiziens. Et pourtant, ce sont eux qui font une large partie du « travail » dans un sol vivant : décomposition de la matière organique, structuration des agrégats, symbioses avec les racines pour l’accès aux nutriments.

Plusieurs études européennes, notamment dans le cadre du projet EJP SOIL, montrent que :

Au-dessus du sol, les effets sont également visibles. Une étude britannique publiée dans Journal of Applied Ecology a ainsi montré que des fermes appliquant des principes agroécologiques (rotations longues, haies, prairies temporaires, réduction des pesticides) hébergent environ 50 % de papillons en plus que les systèmes conventionnels voisins.

Cela ne signifie pas que toutes les fermes dites « régénératrices » atteignent ces résultats. Il existe une grande variabilité, et certains systèmes très « technos » (avec beaucoup de machines et parfois d’herbicides) se revendiquent régénérateurs. La clé reste la cohérence d’ensemble du système : sol peu perturbé, couvert, diversité végétale, réduction réelle des intrants.

Agriculture régénératrice et rendement : compatible ou pas ?

C’est souvent la grande crainte des agriculteurs et des décideurs : « Est-ce que ça produit assez ? » Les données disponibles apportent une réponse nuancée.

Les synthèses d’essais de longue durée en Europe indiquent que :

Une méta-analyse publiée dans Nature sur les systèmes agroécologiques au sens large conclut à une baisse de rendement moyenne de 8 à 20 % dans certains contextes, mais avec des gains importants en stabilité, en marge brute (grâce à la baisse des intrants) et en services écosystémiques (stockage de carbone, biodiversité, qualité de l’eau).

En résumé, l’agriculture régénératrice n’est pas une « baguette magique » qui augmenterait partout les rendements, mais un compromis production–résilience–environnement. Dans un climat qui devient plus extrême, ce compromis peut devenir rentable à moyen terme, y compris économiquement.

Une notion séduisante… mais pas exempte de controverses

Si l’agriculture régénératrice suscite autant d’intérêt, c’est aussi parce qu’elle est devenue un argument marketing puissant. Grandes marques de boissons, groupes céréaliers, plateformes de restauration collective : nombreux sont ceux qui annoncent financer des « hectares régénératifs » dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Cela pose plusieurs questions légitimes :

À l’inverse, certains critiques craignent que le terme « régénératif » soit utilisé pour marginaliser l’agriculture biologique, en faisant croire qu’il suffirait de quelques couverts végétaux pour compenser l’usage continu de pesticides. Les études disponibles montrent pourtant que, pour la biodiversité, la combinaison de plusieurs leviers (moindre intrants, diversité paysagère, haies, prairies, sols couverts) est décisive.

Autre point de vigilance : l’agriculture régénératrice est parfois présentée comme un moyen de « compenser » des émissions d’autres secteurs (aérien, énergie, industrie). Or, même dans ses scénarios les plus optimistes, le GIEC rappelle que les sols ne peuvent compenser qu’une part minoritaire de nos émissions actuelles. On ne pourra pas éviter la réduction massive des énergies fossiles en espérant que les champs absorberont tout.

Des exemples très concrets sur le terrain

Pour sortir des généralités, regardons quelques types de pratiques déjà à l’œuvre en France et en Europe :

Ces exemples ne sont pas transposables tels quels partout, mais ils illustrent un point clé : l’agriculture régénératrice est moins un « kit » de solutions toutes faites, qu’une démarche d’évolution de système, qui suppose du temps, du conseil technique, et souvent un soutien financier pendant la phase de transition.

Ce que peuvent faire les citoyens, les collectivités et les entreprises

Face à ces enjeux, il est légitime de se demander : « Et moi, concrètement, qu’est-ce que je peux faire, à mon échelle ? » La réponse sera différente selon que vous êtes consommateur, élu local, ou acteur économique.

Côté citoyens, plusieurs leviers existent :

Côté collectivités, les marges de manœuvre sont importantes :

Côté entreprises agroalimentaires, la crédibilité se jouera sur quelques points-clés :

Où en est-on, et où veut-on aller ?

L’agriculture régénératrice est à la fois prometteuse et encore en construction. Pour clarifier le paysage, on peut résumer l’état des connaissances en trois volets.

Ce que l’on sait avec un bon niveau de confiance :

Ce qui reste incertain ou très variable :

Ce que chacun peut faire, dès maintenant, à son niveau :

L’agriculture régénératrice ne sauvera pas, à elle seule, le climat ni la biodiversité. Mais elle offre un horizon pragmatique : celui d’une agriculture qui cesse de considérer le sol comme un simple support inerte, pour le traiter comme un allié vivant. Dans un contexte où les marges de manœuvre se réduisent, remettre les sols au centre de nos politiques agricoles et alimentaires n’a rien d’un effet de mode : c’est une condition de notre sécurité alimentaire future.

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