Biodégradable definition, différences avec compostable et impacts réels sur l’environnement

Biodégradable definition, différences avec compostable et impacts réels sur l’environnement

Un emballage « biodégradable », ça change quoi dans votre poubelle ?

Vous avez sans doute déjà hésité devant un rayon : gobelets « biodégradables », sacs « compostables », barquettes « biosourcées ». Sur l’emballage, tout semble vert. Mais une fois chez vous, une question revient : dans quelle poubelle ça va, au juste ?

Derrière ces mentions rassurantes, il y a des définitions juridiques, des normes techniques… et aussi pas mal d’idées reçues. Surtout, « biodégradable » ne veut pas dire « disparaît tout seul dans la nature sans impact ». Loin de là.

Dans cet article, on va partir de vos gestes quotidiens de tri pour remonter aux mécanismes réels de dégradation, aux normes qui encadrent ces mots, et aux impacts mesurés sur l’environnement. Objectif : savoir quand ces labels sont utiles… et quand ils relèvent surtout du marketing.

Que signifie réellement « biodégradable » ?

Un matériau est dit « biodégradable » lorsqu’il peut être décomposé par des micro-organismes (bactéries, champignons…) en éléments simples : eau, dioxyde de carbone (CO₂), et éventuellement biomasse.

Mais cette définition est incomplète si on ne précise pas :

  • dans quelles conditions (température, humidité, présence d’oxygène) ;

  • en combien de temps ;

  • et avec quels résidus (microplastiques, métaux lourds, additifs, etc.).

Un matériau peut être « biodégradable » sur le papier, mais :

  • se dégrader en quelques semaines dans une unité industrielle bien contrôlée,

  • mettre plusieurs années dans un sol de jardin,

  • et ne presque pas bouger dans l’eau froide et salée d’un océan.

Les normes (par exemple la norme européenne EN 13432 pour certains emballages) fixent généralement :

  • un taux de biodégradation minimum (souvent 90 % en CO₂) ;

  • un délai maximum (par exemple 6 mois) ;

  • des tests d’écotoxicité pour vérifier que le matériau dégradé ne nuit pas aux plantes ou aux micro-organismes du sol.

Problème : dans la communication commerciale, on mentionne souvent « biodégradable » sans préciser ces conditions. Pour un citoyen, cela donne l’impression que l’objet est « inoffensif » s’il finit dans la nature, alors que ce n’est ni garanti, ni acceptable.

Biodégradable, compostable… et compostable à domicile : quelles différences ?

Ces trois termes sont souvent utilisés comme des synonymes. Ils ne le sont pas.

Biodégradable est la notion la plus large : un matériau biodégradable peut théoriquement se décomposer biologiquement, mais sans précision sur le type de milieu ni sur le temps nécessaire.

Compostable, dans le cadre des normes, signifie qu’un matériau :

  • est biodégradable dans des conditions de compostage bien définies (température, humidité, aération) ;

  • se désintègre physiquement (il ne reste pas de fragments visibles) ;

  • et ne laisse pas de résidus toxiques pour le sol.

On distingue ensuite :

Compostable en installation industrielle

  • Conçu pour des plateformes de compostage où la température atteint 50–70 °C, avec un brassage régulier.

  • Les normes exigent en général une dégradation majoritaire en quelques semaines à quelques mois.

  • Dans un compost domestique, plus froid et moins homogène, ces matériaux peuvent se dégrader beaucoup plus lentement, voire pas complètement.

Compostable à domicile

  • Doit se dégrader dans des conditions de compostage plus « réalistes » : température plus basse, moins de brassage, volumes plus réduits.

  • Certains labels (par exemple « OK compost HOME ») encadrent cette promesse.

En pratique, un produit peut donc être :

  • simplement « biodégradable » (terme large et souvent peu informatif),

  • « compostable en industriel » (adapté au bac de tri des biodéchets si la collectivité accepte ces flux),

  • ou « compostable à domicile » (que vous pouvez raisonnablement mettre dans votre compost de jardin, en respectant les consignes locales).

Et si rien n’est précisé, la prudence s’impose.

Que deviennent ces matériaux dans la nature, en réalité ?

Pour comprendre les impacts, il faut regarder ce qui se passe hors des scénarios idéaux (centre de compostage parfaitement géré) et se poser la question : où finissent-ils concrètement ?

Dans un sol naturel (forêt, parc, jardin non composté)

  • La température est plus basse, l’aération et l’humidité sont variables.

  • Les études montrent que certains plastiques « biodégradables » peuvent mettre plusieurs années à se dégrader de manière significative, avec un risque de formation de microplastiques.

  • L’impact sur la faune du sol (vers de terre, insectes, microfaune) est encore peu documenté et dépend fortement des additifs et charges incorporés au matériau.

Dans l’eau (rivières, mer)

  • Les conditions sont très différentes des tests en laboratoire : eau plus froide, moins de micro-organismes spécialisés, absence de brassage constant.

  • Des travaux récents (IFREMER, universités européennes) montrent que certains plastiques étiquetés « biodégradables » peuvent être encore visibles et intacts après plusieurs mois dans l’eau de mer.

  • Ils peuvent donc être ingérés par des animaux marins, comme les plastiques classiques.

En décharge ou en centre d’enfouissement

  • Milieu souvent pauvre en oxygène, voire anaérobie.

  • Les matériaux biodégradables peuvent alors produire du méthane (CH₄), un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂ si le captage n’est pas efficace.

  • La dégradation peut être très lente, et l’avantage climatique initialement attendu est fortement diminué.

En incinération

  • Biodégradable ou pas, le matériau est brûlé et converti en énergie + CO₂.

  • Le gain environnemental dépend alors surtout du type de matière d’origine (fossile vs végétale) et du système énergétique associé.

En résumé, un emballage « biodégradable » n’a d’intérêt que s’il est orienté vers la bonne filière de traitement. Dans la nature, il reste… un déchet.

Idées reçues les plus fréquentes

« Biodégradable = je peux jeter dans la nature »

C’est faux. Même un déchet biodégradable :

  • peut persister longtemps,

  • peut être ingéré par la faune,

  • et en grande quantité, perturbe les écosystèmes (apports massifs de carbone, perturbation des sols, etc.).

« Biodégradable = pas de microplastiques »

C’est inexact. La biodégradation peut passer par des phases de fragmentation. Si le processus est incomplet (durée trop courte, mauvaises conditions), il peut rester des fragments et microplastiques dans le milieu.

« Compostable = idéal pour tous les usages »

Pas forcément. Un matériau compostable :

  • n’est pas automatiquement adapté au contact alimentaire chaud ;

  • peut contenir des encres, colles, pigments qui compliquent le compostage ;

  • peut perturber les installations si les volumes sont mal gérés (surplus de carbone, par exemple).

Les organismes de compostage professionnels demandent souvent des flux bien identifiés, avec des emballages certifiés et en quantité contrôlée.

Impacts environnementaux réels : ce que disent les études

Pour comparer l’intérêt d’un matériau biodégradable ou compostable, on utilise des analyses de cycle de vie (ACV). Ces études prennent en compte :

  • l’extraction des matières premières,

  • la fabrication, le transport,

  • l’usage,

  • et la fin de vie (recyclage, compostage, incinération, enfouissement).

Les résultats dépendent beaucoup du scénario retenu, mais plusieurs tendances se dégagent :

Sur le climat

  • Les plastiques d’origine végétale (biosourcés) peuvent avoir un impact climatique plus faible que les plastiques fossiles, car le carbone incorporé provient de la biomasse.

  • Mais si ces matériaux finissent majoritairement en incinération ou en décharge, le bénéfice climatique diminue fortement.

  • Si la production agricole dédiée à ces matériaux entre en concurrence avec l’alimentation ou génère de la déforestation, le bilan peut devenir négatif.

Sur la pollution plastique

  • Un matériau biodégradable peut réduire la durée de persistance dans certains milieux (compost industriel, par exemple).

  • Mais s’il est mal orienté (jeté dans la nature, mélangé aux flux de recyclage où il n’a pas sa place), il peut créer des nuisances supplémentaires.

  • Dans l’océan, les avantages par rapport aux plastiques classiques sont encore incertains pour beaucoup de formulations.

Sur les systèmes de tri et de recyclage

  • La présence de plastiques compostables dans les filières de recyclage des plastiques classiques peut dégrader la qualité du recyclat.

  • À l’inverse, s’ils sont bien identifiés et collectés dans les biodéchets, ils peuvent être valorisés, mais cela suppose une organisation solide du territoire (consignes claires, contrôle des flux, formation des opérateurs).

En France, l’ADEME insiste régulièrement sur un point : l’enjeu principal reste la réduction à la source des emballages et le développement du réemploi. Les matériaux biodégradables ou compostables sont des outils complémentaires, pas une solution miracle.

Comment s’y retrouver face aux logos et mentions ?

Devant un emballage, quelques réflexes peuvent aider :

1. Chercher des mentions normalisées

  • « Conforme à la norme EN 13432 » ou équivalent : indique un cadre précis pour la compostabilité industrielle.

  • Logos de type « OK compost INDUSTRIAL » ou « OK compost HOME » : donnent des indications sur le type de compostage possible.

  • Absence de référence à une norme : la mention « biodégradable » est alors largement marketing.

2. Vérifier les consignes locales

  • La présence d’un logo de compostabilité n’implique pas automatiquement que votre collectivité accepte ce déchet avec les biodéchets.

  • Beaucoup de territoires restent prudents et limitent ce qui est autorisé dans les bacs à déchets alimentaires pour ne pas perturber les plateformes de compostage.

3. Se demander : « ai-je vraiment besoin de cet emballage ? »

  • Un gobelet compostable jeté après 10 minutes reste un usage unique.

  • Dans beaucoup de cas, un contenant réutilisable (gourde, tasse, boîte) a un impact globalement plus favorable après quelques dizaines d’utilisations.

En pratique, la priorité reste donc :

  • réduire les emballages inutiles,

  • réemployer quand c’est possible,

  • et seulement ensuite choisir, parmi les options jetables, celles qui ont un meilleur profil environnemental dans votre contexte local.

Que peuvent faire les citoyens, les collectivités et les entreprises ?

Côté citoyens

  • Privilégier les contenants réutilisables (gourdes, boîtes, sacs durables) plutôt que les alternatives jetables, même « vertes ».

  • Limiter les achats de produits avec sur-emballage, même s’il est indiqué « biodégradable ».

  • Respecter strictement les consignes de tri locales : si les emballages compostables ne sont pas acceptés dans les biodéchets, les mettre avec les ordures résiduelles plutôt que de perturber une filière.

  • Ne jamais considérer le caractère « biodégradable » comme un permis de jeter dans la nature.

Côté collectivités

  • Clarifier les consignes : quels types d’emballages compostables sont effectivement acceptés dans la collecte des biodéchets, et dans quelles limites.

  • Travailler en lien avec les plateformes de compostage et les méthaniseurs pour définir des listes positives d’emballages admis.

  • Développer l’information du public sur la différence entre biodégradable, compostable industriel et compostable à domicile.

  • Intégrer des critères de réduction à la source et de réemploi dans les marchés publics (restauration collective, évènements, etc.).

Côté entreprises

  • Éviter le « greenwashing » : ne pas se contenter d’apposer « biodégradable » sans préciser la norme et le scénario de fin de vie visé.

  • Réaliser des analyses de cycle de vie comparatives avant de basculer d’un matériau à un autre.

  • Concevoir des emballages compatibles avec les filières existantes de recyclage ou de compostage locales.

  • Développer des solutions de réemploi (consigne, recharge, vrac) qui évitent totalement l’usage unique.

Ce que l’on sait, ce qui reste incertain, et comment agir

Ce que l’on sait avec un bon niveau de confiance

  • « Biodégradable » est une notion large qui n’indique pas, à elle seule, un impact environnemental faible.

  • Les matériaux compostables ont un intérêt uniquement si des filières adaptées existent et sont correctement utilisées.

  • Un objet jetable, même compostable, génère des impacts (production, transport, collecte, traitement) qui sont souvent supérieurs à une solution réutilisable bien organisée.

  • Le jetage dans la nature reste problématique, quel que soit le matériau, et n’est jamais justifié par la mention « biodégradable ».

Ce qui reste encore incertain ou très dépendant des contextes

  • La vitesse et l’ampleur réelle de la dégradation de certains plastiques biodégradables dans des milieux naturels variés (sols, eau douce, océans, montagnes, etc.).

  • Les effets à long terme des résidus (microplastiques, additifs) sur les écosystèmes terrestres et aquatiques.

  • Les bilans comparés entre différentes stratégies (compostage, recyclage, incinération avec valorisation énergétique) selon les territoires.

Comment agir à son niveau, de manière réaliste

  • Placer la sobriété en premier : moins d’objets jetables, moins d’emballages, même quand ils affichent des logos « verts ».

  • Adopter progressivement des pratiques réutilisables : tasse personnelle, lunch box, sac réutilisable solide, bouteilles rechargeables.

  • Lire les mentions techniques (normes, logos), mais sans leur attribuer des vertus absolues : ce sont des outils, pas des solutions magiques.

  • S’informer sur les filières locales de tri et de compostage et adapter ses gestes à la réalité de son territoire, plutôt qu’aux promesses des emballages.

  • En tant que professionnel ou élu, exiger des données chiffrées (ACV, taux de captage, performances des filières) avant de communiquer sur le caractère « vert » d’une solution.

Les mots « biodégradable » et « compostable » peuvent être utiles pour orienter certains flux de déchets organiques, à condition d’être bien encadrés. Mais ils ne dispensent ni de la réduction des déchets, ni d’une réflexion globale sur nos modes de production et de consommation. En d’autres termes : la meilleure alternative à un plastique jetable, biodégradable ou non, reste souvent… de ne pas en avoir besoin.