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Biomasse définition, usages, avantages et limites dans la production d’énergie renouvelable

Biomasse définition, usages, avantages et limites dans la production d’énergie renouvelable

Biomasse définition, usages, avantages et limites dans la production d’énergie renouvelable

Une chaudière à granulés dans une maison, une centrale électrique près d’une scierie, un méthaniseur à côté d’une ferme laitière : derrière ces images très concrètes se cache un même mot, de plus en plus présent dans les débats énergétiques : la biomasse. Présentée comme une énergie renouvelable, parfois comme une solution miracle, parfois comme une fausse bonne idée… mais qu’en est-il vraiment ?

Dans cet article, on va décortiquer la biomasse comme ressource énergétique : définition précise, usages réels, avantages mesurés, mais aussi limites et controverses, pour comprendre où elle a du sens… et où elle en a moins.

Qu’est-ce que la biomasse, exactement ?

En langage courant, on a tendance à réduire la biomasse au bois énergie. En réalité, la définition est plus large.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la biomasse désigne l’ensemble de la matière organique d’origine végétale ou animale pouvant être utilisée comme source d’énergie. Elle peut être :

Un point clé : pour être considérée comme énergie renouvelable dans les statistiques officielles (Eurostat, Ministère de la Transition énergétique), la biomasse doit être exploitée dans des conditions permettant un renouvellement du stock de matière (par exemple, une forêt dont la croissance annuelle compense ou dépasse les prélèvements).

Comment la biomasse est-elle utilisée pour produire de l’énergie ?

De la cuisson sur un feu de bois à la cogénération dans une centrale moderne, les usages sont très variés. En France, selon le Service des données et études statistiques (SDES, 2023), la biomasse représente un peu plus de la moitié de la production d’énergies renouvelables, principalement sous forme de chaleur.

On peut distinguer quatre grands types d’usages.

Chaleur pour le chauffage des bâtiments et des procédés industriels

C’est de loin l’usage dominant de la biomasse en Europe.

Sur le plan technique, il s’agit le plus souvent de combustion : on brûle la biomasse pour produire de la chaleur, qui est ensuite utilisée directement (chauffage) ou convertie en électricité via une turbine à vapeur.

Production d’électricité à partir de biomasse

La biomasse peut produire de l’électricité, soit :

En France, la part de la biomasse dans la production totale d’électricité reste modeste (environ 2 à 3 %), loin derrière l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire (RTE, Bilan électrique 2023). Elle est en revanche stratégique pour la flexibilité et la production locale.

Biogaz et méthanisation : valoriser les déchets organiques

La méthanisation est un procédé biologique : des micro-organismes dégradent la matière organique (lisiers, fumier, résidus de cultures, déchets alimentaires, boues d’épuration) en absence d’oxygène, produisant :

En France, le nombre d’unités de méthanisation a été multiplié par plus de 5 entre 2013 et 2023 (GRDF, 2023), dopé par les tarifs d’achat garantis pour l’électricité et le biométhane injecté.

L’enjeu principal : s’assurer que les intrants sont réellement des co-produits ou déchets, et non des cultures dédiées à la méthanisation en concurrence avec l’alimentation ou d’autres usages du sol.

Biocarburants : rouler grâce à la biomasse

Les biocarburants sont des carburants liquides issus de la biomasse, utilisés principalement dans les transports :

Au sein de l’Union européenne, la directive RED II fixe des objectifs de part d’énergies renouvelables dans les transports, en encadrant de plus en plus strictement les biocarburants de première génération (cultures alimentaires), en raison des risques de déforestation importée et de changements indirects d’affectation des sols.

Pourquoi la biomasse est-elle considérée comme une énergie renouvelable ?

Sur le papier, l’argument est simple : la biomasse est issue de la photosynthèse. Les plantes captent le CO₂ de l’atmosphère pour croître. Lorsque l’on brûle cette biomasse, on remet ce CO₂ dans l’air. Si le stock de biomasse se renouvelle à la même vitesse, le bilan sur le long terme peut être neutre au niveau du cycle du carbone.

Mais cette neutralité supposée dépend de plusieurs conditions, souvent négligées dans les débats.

Les analyses de cycle de vie (ACV) montrent toutefois que, dans des conditions de gestion durable, la biomasse peut présenter des émissions nettement inférieures aux énergies fossiles : par exemple, de l’ordre de 20 à 50 gCO₂e/kWh pour le bois énergie bien géré, contre 250 à 400 gCO₂e/kWh pour le gaz naturel et plus de 700 gCO₂e/kWh pour le charbon (ADEME, Base Carbone, 2023).

Les principaux avantages de la biomasse dans le mix énergétique

Quand elle est utilisée dans les bons contextes, la biomasse présente plusieurs atouts notables.

On retrouve ainsi de nombreux projets de chaufferies bois communales ou intercommunales, adossées à un plan de gestion forestière durable, qui permettent de substituer du fioul ou du gaz par une ressource locale, avec des coûts de chauffage plus stables pour les usagers.

Les limites et controverses : quand la biomasse pose problème

La biomasse n’est pas une baguette magique. Plusieurs critiques récurrentes méritent d’être prises au sérieux.

Concurrence avec les usages alimentaires et les sols

C’est un point de friction majeur pour les biocarburants et certaines cultures énergétiques.

L’Agence européenne de l’environnement et de nombreux travaux scientifiques (Searchinger et al., 2015, par exemple) alertent sur le fait que ces effets indirects peuvent annuler, voire inverser, le bénéfice climatique de certains biocarburants.

Pression sur les forêts et biodiversité

La demande croissante en bois énergie peut encourager :

Le GIEC (Rapport spécial sur le climat et les terres, 2019) insiste : la biomasse énergie ne contribue à l’atténuation du changement climatique que si elle s’inscrit dans une gestion durable des terres, qui préserve ou augmente les stocks de carbone des écosystèmes et la biodiversité.

Qualité de l’air : particules et polluants

Autre point souvent sous-estimé : la combustion de biomasse émet des particules fines (PM₁₀, PM₂,₅), des oxydes d’azote (NOₓ) et d’autres composés (COV, hydrocarbures aromatiques polycycliques).

En France, le chauffage au bois résidentiel représente encore une part importante des émissions de particules fines (environ 40 % pour les PM₂,₅, d’après le CITEPA, 2023), malgré une part limitée dans l’énergie totale consommée. La modernisation du parc d’appareils et l’usage de combustibles secs et de qualité sont donc des enjeux de santé publique.

Efficacité énergétique et usages « nobles » de la biomasse

Une même ressource biomasse peut servir à plusieurs usages. Par exemple, un tronc d’arbre peut :

Beaucoup d’experts et d’organismes (dont l’ADEME et le Ministère de l’Agriculture) recommandent une hiérarchie des usages : privilégier d’abord les usages matériaux, plus « nobles » et stockant le carbone plus longtemps, puis orienter vers l’énergie les résidus et les parties non valorisables autrement.

Dans le même esprit, il est plus pertinent de remplacer un chauffage au fioul par une chaudière biomasse performante que de produire de l’électricité à partir de biomasse pour alimenter un système déjà relativement décarboné (comme un réseau électrique très nucléaire ou hydraulique).

Idées reçues fréquentes autour de la biomasse

Deux affirmations reviennent souvent… et méritent d’être nuancées.

Autrement dit, la question clé n’est pas « biomasse oui ou non ? » mais « quelle biomasse, d’où vient-elle, pour quel usage et dans quelles conditions de gestion ? ».

Ce que l’on sait, ce qui reste incertain, et ce que chacun peut faire

À ce stade, que peut-on retenir de l’état des connaissances et des débats ?

Ce que l’on sait relativement bien :

Ce qui reste incertain ou dépend fortement des choix locaux :

Ce que vous pouvez faire, à votre échelle :

La biomasse peut être un allié utile dans la transition énergétique, à condition de rester à sa juste place : une ressource locale, limitée, à employer avec parcimonie, en priorité pour la chaleur et la valorisation des déchets, et toujours en cohérence avec la protection des sols, des forêts et de la biodiversité.

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