Biosourcée définition et enjeux des matières premières biosourcées dans la construction durable

Biosourcée définition et enjeux des matières premières biosourcées dans la construction durable

Quand on vous parle de « maison biosourcée », vous pensez à une cabane en bois dans la forêt ou à une maison hyper design avec isolation en paille ? Dans la pratique, la réalité est plus nuancée… et surtout beaucoup plus intéressante. Les matériaux biosourcés sont en train de s’imposer dans la construction durable, mais derrière ce mot-valise se cachent des définitions précises, des chiffres, des bénéfices réels… et aussi quelques limites qu’il ne faut pas occulter.

Dans cet article, on remonte du geste très concret – choisir son isolant, sélectionner un revêtement, concevoir un bâtiment public – jusqu’aux enjeux réglementaires, climatiques et économiques des matières premières biosourcées dans la construction.

Que veut dire « biosourcé » dans le bâtiment ?

En France, le terme « biosourcé » ne relève pas seulement d’un argument marketing. Il a une définition réglementaire, notamment via le Code de l’environnement et le « label Bâtiment biosourcé ».

Un matériau biosourcé est un matériau dont une part significative de la masse provient de la biomasse, c’est-à-dire de matières organiques renouvelables d’origine végétale ou animale :

  • bois et dérivés (panneaux, lamellé-collé, ossatures) ;
  • fibres végétales (chanvre, lin, paille, miscanthus, coton recyclé) ;
  • liège, laine de mouton, plumes, etc.

La norme européenne EN 16575 donne un cadre général pour les produits biosourcés. En France, des textes spécifiques précisent les choses dans le domaine du bâtiment. Le label « Bâtiment biosourcé » impose par exemple un taux minimal de matière biosourcée (en kg de matière biosourcée par m² de surface de plancher), variable selon le type de bâtiment (maison individuelle, logement collectif, tertiaire, etc.).

Deux points importants à retenir :

  • biosourcé ≠ forcément naturel au sens “brut” : un panneau de fibres de bois industriel est biosourcé, même s’il a été transformé, collé, séché ;
  • biosourcé ≠ forcément géosourcé : la terre crue est géosourcée (issue du sol) mais pas biosourcée, car elle ne provient pas de la biomasse.

Un même produit peut donc être biosourcé, géosourcé, recyclé… ou aucun des trois. L’enjeu est de regarder la composition réelle et non le discours commercial.

Quels sont les principaux matériaux biosourcés utilisés dans la construction ?

Les matières premières biosourcées se retrouvent surtout dans :

  • les structures : bois massif, lamellé-collé, CLT (cross-laminated timber), LVL (lamibois), ossature bois, poutres et planchers bois ;
  • les isolants : laine de bois, ouate de cellulose, laine de chanvre, laine de lin, isolants en paille (bottes ou panneaux), coton recyclé ;
  • les compléments et finitions : panneaux de liège, revêtements de sol en linoléum naturel, parquets, panneaux de fibres végétales, certains mortiers « végétalisés » (chanvre-chaux, par exemple).

Selon une étude de l’ADEME publiée dans les années 2020, les isolants biosourcés (bois, chanvre, ouate de cellulose, etc.) représentent encore une part minoritaire du marché de l’isolation en France, de l’ordre de 10 à 15 % selon les segments. Mais leur progression est constante, portée par la RE2020 (Réglementation Environnementale) qui favorise les matériaux à faible impact carbone.

Quelques exemples concrets :

  • Une maison individuelle en ossature bois, avec isolation en fibre de bois et parement extérieur en bardage bois, peut intégrer plusieurs dizaines de m³ de bois, soit plusieurs tonnes de carbone stockées pendant toute la durée de vie du bâtiment.
  • Un bâtiment tertiaire en structure béton mais isolé en ouate de cellulose et laine de bois réduit significativement son impact carbone lié aux matériaux, sans changer de système constructif principal.
  • Des logements sociaux en béton banché, mais avec remplissage et isolation en blocs de chanvre ou en panneaux de fibres végétales, combinent inertie du béton et bilan carbone amélioré des parois isolées.

Pourquoi les matériaux biosourcés sont-ils intéressants pour la transition écologique ?

Les arguments en faveur des matières premières biosourcées reposent surtout sur l’analyse de cycle de vie (ACV), c’est-à-dire l’évaluation de tous les impacts environnementaux du « berceau à la tombe » (production, transport, mise en œuvre, usage, fin de vie).

Trois atouts majeurs se détachent.

1. Un meilleur bilan carbone (dans beaucoup de cas)

Les plantes captent du CO₂ pendant leur croissance. Ce carbone est ensuite « piégé » dans la matière première (bois, chanvre, paille…). Tant que le matériau reste en place dans le bâtiment, ce carbone n’est pas relâché dans l’atmosphère. On parle de stockage temporaire de carbone biogénique.

Selon des analyses de l’ADEME et du CSTB, un mètre carré de mur en ossature bois isolé en laine de bois peut ainsi présenter un bilan carbone inférieur de 30 à 70 % par rapport à un mur équivalent en béton + isolant conventionnel (en fonction des épaisseurs, des procédés et de l’énergie grise des matériaux comparés).

Attention toutefois :

  • ce stockage est temporaire : à la fin de vie du bâtiment, si le bois est brûlé ou décomposé, le carbone est réémis ;
  • le bilan dépend fortement du mode de gestion des forêts et des cultures : déforestation, monocultures intensives ou importations lointaines dégradent l’avantage climatique.

2. Une énergie grise souvent plus faible

L’énergie grise est l’énergie consommée pour produire, transformer, transporter et mettre en œuvre un matériau. Les matériaux biosourcés sont généralement moins transformés et moins énergivores que l’acier, l’aluminium, ou certains isolants pétrosourcés (polystyrène, polyuréthane).

Par exemple, des FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) montrent que la production de 1 kg de laine de bois peut consommer plusieurs fois moins d’énergie primaire que 1 kg d’isolant synthétique, même si les performances thermiques sont à comparer à épaisseur équivalente.

3. Des performances techniques intéressantes

Au-delà du carbone, les matériaux biosourcés offrent souvent des propriétés hygrothermiques (capacité à gérer l’humidité et la chaleur) utiles pour le confort d’été et la qualité de l’air intérieur :

  • bonne capacité de déphasage thermique (retard de la chaleur en été) pour la fibre de bois ou la ouate de cellulose ;
  • capacité de régulation de l’humidité dans certains parois, limitant les risques de condensation si le système est bien conçu ;
  • possibilité de réduire certaines émissions de composés organiques volatils (COV), surtout si les colles et traitements sont limités.

Ces bénéfices doivent cependant être évalués au cas par cas, avec des données techniques fiables (FDES, certifications) et une conception soignée.

Quelles sont les limites et controverses autour des matières biosourcées ?

Les matériaux biosourcés ne sont pas des solutions magiques. Plusieurs questions restent débattues dans la littérature scientifique et dans les retours d’expérience de chantier.

1. Durabilité et risques (moisissures, rongeurs, incendie)

Les matériaux organiques peuvent être sensibles à l’humidité, aux champignons ou aux rongeurs. Pour y faire face, les industriels utilisent souvent des traitements chimiques (fongicides, insecticides, retardateurs de flamme). Cela pose deux problèmes :

  • une partie de l’avantage environnemental peut être réduite par ces traitements ;
  • des émissions dans l’air intérieur sont possibles, selon la nature des produits utilisés.

Concernant le risque incendie, les matériaux biosourcés ne sont pas « naturellement » plus dangereux que d’autres, mais ils nécessitent une conception adaptée (protection par parements, compartimentage, choix des densités) et un respect strict des règles de l’art. Des essais réalisés par des organismes comme le CSTB montrent que des parois bois ou bois + isolants biosourcés peuvent atteindre les mêmes niveaux de résistance au feu que les parois minérales… à condition de respecter les systèmes certifiés.

2. Disponibilité des ressources et concurrence d’usages

Peut-on vraiment généraliser ces matériaux à toute la construction sans créer de nouvelles pressions sur les écosystèmes ?

  • Pour le bois, l’enjeu est la gestion durable des forêts : certifications (FSC, PEFC), préservation de la biodiversité, limitation des monocultures, adaptation au changement climatique.
  • Pour le chanvre, le lin, la paille, la question est celle de la concurrence avec les usages alimentaires, mais aussi avec d’autres débouchés (textile, papier, biomatériaux). Aujourd’hui, dans la plupart des scénarios étudiés par l’ADEME, l’augmentation des surfaces dédiées à ces cultures pour le bâtiment reste compatible avec les besoins alimentaires… à condition de ne pas basculer dans des modèles trop intensifs.

Les ressources ne sont donc pas « infinies », mais leur développement maîtrisé peut contribuer à structurer des filières agricoles et forestières plus diversifiées.

3. ACV : pas toujours gagnants sur tous les indicateurs

Les analyses de cycle de vie montrent un avantage clair en termes de carbone et d’énergie grise pour beaucoup de matériaux biosourcés. En revanche, sur d’autres indicateurs (eutrophisation des eaux, acidification, occupation des sols, écotoxicité), les résultats dépendent fortement :

  • du type de culture (avec ou sans intrants, irrigation, mécanisation) ;
  • du lieu de production (local ou importé) ;
  • du procédé industriel (collage, séchage, additifs).

La littérature scientifique insiste sur un point : il faut comparer des systèmes complets (bâtiment entier, sur 50 ans, avec scénarios de rénovation et de fin de vie), plutôt que de se focaliser sur un matériau isolé.

Quel cadre réglementaire pour les matériaux biosourcés ?

En France, plusieurs dispositifs encadrent ou encouragent l’usage de matières biosourcées dans la construction.

La RE2020

La Réglementation Environnementale 2020 remplace la RT2012 et intègre, pour la première fois, une obligation de performance carbone sur le bâtiment dans son ensemble. Elle impose des seuils d’émissions de gaz à effet de serre sur le cycle de vie du bâtiment.

Dans ce cadre, les matériaux biosourcés, à faible impact carbone, deviennent particulièrement intéressants pour respecter ces seuils, notamment pour :

  • les logements collectifs et maisons individuelles neuves ;
  • les bâtiments tertiaires neufs à venir.

Le label « Bâtiment biosourcé »

Ce label volontaire, mis en place par décret, définit :

  • des seuils de masse de matériaux biosourcés par m² de surface de plancher ;
  • plusieurs niveaux de performance (niveau 1, 2, 3) ;
  • une liste de familles de produits éligibles.

Il ne se limite pas au bois, mais englobe l’ensemble des matériaux issus de la biomasse. Ce label permet aux maîtres d’ouvrage de valoriser leur démarche, mais aussi d’encadrer le terme « biosourcé » et d’éviter un usage trop flou.

Les FDES et bases de données environnementales

Pour justifier les performances environnementales dans les calculs réglementaires, les produits doivent disposer d’une FDES vérifiée (Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire) référencée dans la base INIES. Les fabricants de matériaux biosourcés ont donc intérêt à documenter précisément :

  • leurs émissions de gaz à effet de serre ;
  • leur énergie grise ;
  • leurs autres impacts environnementaux.

Cette transparence est essentielle pour comparer objectivement un matériau biosourcé avec son équivalent minéral ou pétrosourcé.

Quel impact économique et territorial des filières biosourcées ?

Au-delà de l’environnement, le développement des matériaux biosourcés est aussi un sujet économique et territorial.

Des emplois non délocalisables

Les filières bois, chanvre, paille, lin… mobilisent :

  • des agriculteurs et sylviculteurs ;
  • des industries de première transformation (scieries, défibrage, panneaux) ;
  • des entreprises de construction spécialisées (charpentiers, éco-constructeurs, artisans formés à ces techniques).

Selon plusieurs études régionales (par exemple en Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes ou Bretagne), la structuration des filières biosourcées génère des emplois locaux, souvent plus difficilement délocalisables que certaines grandes industries des matériaux conventionnels.

Des surcoûts… mais pas toujours

Les coûts restent très variables :

  • les structures bois peuvent être compétitives sur des opérations bien conçues, surtout si l’on intègre les gains sur le chantier (rapidité de montage, préfabrication) ;
  • les isolants biosourcés restent parfois plus chers au m² que des isolants minéraux classiques, même si l’écart se réduit et dépend des marques, des volumes et des régions ;
  • le coût global (construction + exploitation) peut être intéressant si le confort d’été, la qualité de l’air et les performances thermiques sont au rendez-vous.

Là encore, il est utile de raisonner en coût global, en intégrant les économies potentielles sur l’énergie, la santé, la maintenance… plutôt que de se focaliser uniquement sur le prix d’achat du matériau.

Que peut faire chacun pour favoriser les matériaux biosourcés ?

À l’échelle d’un particulier, d’une collectivité ou d’un professionnel du bâtiment, les leviers ne sont pas les mêmes, mais ils se complètent.

Pour les particuliers (construction, rénovation, auto-rénovation accompagnée)

  • Demander explicitement des solutions biosourcées lors des appels d’offres ou des consultations d’artisans (isolation en ouate de cellulose, fibre de bois, chanvre, etc.).
  • Comparer les devis sur la base de performances globales (R thermique, déphasage, impact environnemental) et pas seulement sur le prix au m².
  • Vérifier les FDES, certifications et avis techniques pour éviter les produits non documentés ou mal adaptés.
  • Se faire accompagner par des professionnels formés à l’éco-construction, notamment pour gérer correctement l’humidité (pare-vapeur, étanchéité à l’air) et la sécurité incendie.

Pour les collectivités et maîtres d’ouvrage publics

  • Intégrer des objectifs de taux de matériaux biosourcés dans les programmes (en s’appuyant sur le label Bâtiment biosourcé ou la RE2020).
  • Prévoir des critères de performance environnementale dans les marchés (carbone, énergie grise, part de ressources locales).
  • Favoriser les filières régionales (bois local, chanvre ou paille issus du territoire) pour limiter les transports et soutenir l’économie locale.
  • Documenter et partager les retours d’expérience (bâtiments scolaires, équipements sportifs, logements sociaux) pour faire monter en compétence les équipes techniques et les entreprises.

Pour les professionnels du bâtiment

  • Se former aux systèmes constructifs biosourcés (ossature bois, béton de chanvre, isolants végétaux) et aux règles de l’art associées.
  • Travailler avec les bureaux d’études pour intégrer ces matériaux dès la phase de conception, plutôt qu’en « option verte » rajoutée à la fin.
  • Utiliser les FDES et la base INIES pour quantifier les impacts dans les simulations RE2020.
  • Participer aux réseaux professionnels et clusters biosourcés pour mutualiser les connaissances techniques et les retours de chantier.

Ce que l’on sait, ce qui reste à éclaircir, et comment avancer

Sur la base des études disponibles et des retours de terrain, plusieurs points font aujourd’hui largement consensus :

  • les matériaux biosourcés réduisent globalement l’empreinte carbone des bâtiments, surtout quand ils remplacent des matériaux très émissifs ;
  • ils contribuent à structurer des filières locales et des emplois non délocalisables ;
  • leurs performances techniques (isolation, confort d’été, régulation hygrique) sont solides quand ils sont bien conçus et bien mis en œuvre.

En parallèle, plusieurs sujets nécessitent encore des recherches et des retours d’expérience approfondis :

  • les impacts sur l’ensemble du cycle de vie (eau, sols, biodiversité) pour différentes filières agricoles et forestières ;
  • la durabilité à long terme en conditions réelles (climat plus chaud et plus humide, événements extrêmes) ;
  • les meilleurs scénarios de fin de vie (réemploi, recyclage, valorisation énergétique contrôlée).

Pour les citoyens comme pour les décideurs, la meilleure attitude reste donc de :

  • se méfier des promesses simplistes (« 100 % écologique ») ;
  • s’appuyer sur des données chiffrées (FDES, ACV, retours d’usage) ;
  • combiner matériaux biosourcés, sobriété énergétique, et qualité de conception plutôt que de chercher un matériau « miracle ».

Les matières premières biosourcées ne vont pas, à elles seules, « verdir » tout le secteur du bâtiment. Mais utilisées avec discernement, elles sont l’un des leviers les plus concrets dont nous disposons aujourd’hui pour construire et rénover en limitant réellement nos impacts sur le climat, les ressources et la biodiversité.