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Comment la sobriété numérique peut limiter l’empreinte environnementale d’internet et des data centers

Comment la sobriété numérique peut limiter l’empreinte environnementale d’internet et des data centers

Comment la sobriété numérique peut limiter l’empreinte environnementale d’internet et des data centers

Une vidéo lancée “en fond sonore” sur votre smartphone, 15 onglets ouverts en parallèle sur votre ordinateur, une sauvegarde automatique de toutes vos photos en haute définition… Rien de très spectaculaire à l’échelle d’une journée. Pourtant, additionnés à l’échelle mondiale, ces usages font tourner des millions de serveurs, des systèmes de refroidissement et des réseaux qui consomment de l’électricité 24h/24.

C’est ce que l’on appelle l’empreinte environnementale du numérique : une empreinte encore mal connue, souvent minimisée, mais qui augmente rapidement. Face à cette dynamique, un concept s’impose dans les débats : la sobriété numérique.

Que recouvre exactement cette notion ? Est-ce simplement “moins d’Internet” ou peut-on continuer à profiter des services numériques tout en réduisant leurs impacts ? Et surtout, que peuvent faire concrètement les particuliers, les entreprises et les collectivités ?

Internet et data centers : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant de parler sobriété, il faut comprendre ce qui consomme. L’empreinte environnementale du numérique repose sur trois grands piliers :

Selon l’ADEME et l’Arcep (rapport 2023 sur l’impact environnemental du numérique en France), les terminaux représentent la majeure partie de l’empreinte carbone du numérique (environ 70 à 80 %), principalement à cause de leur fabrication. Mais les réseaux et les centres de données restent loin d’être négligeables, notamment sur la consommation d’électricité et les besoins en eau.

À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estimait en 2022 que les data centers et les réseaux consommaient environ 1 à 1,5 % de la demande électrique globale, avec des scénarios pouvant aller jusqu’à 3 % d’ici 2030 si les usages continuent de croître sans gains d’efficacité suffisants. Le streaming vidéo, le cloud et l’intelligence artificielle tirent cette croissance.

Autrement dit, ce ne sont pas seulement “nos écrans” qui consomment. Ce sont surtout les infrastructures invisibles derrière chaque clic.

La sobriété numérique : ce que c’est (et ce que ce n’est pas)

Dans beaucoup de débats, la sobriété numérique est caricaturée : soit comme un retour à l’âge de pierre, soit comme une simple affaire de “petits gestes symboliques”. En réalité, le concept, tel que défini par l’ADEME ou le Shift Project, est plus précis.

La sobriété numérique, c’est :

Ce que la sobriété numérique n’est pas :

La sobriété, c’est donc un rééquilibrage : utiliser le numérique là où il apporte un vrai gain (évitement de déplacements, télémédecine, optimisation énergétique des bâtiments…), et limiter les usages superflus ou inutilement gourmands.

Pourquoi viser la sobriété plutôt que compter seulement sur l’efficacité ?

Les acteurs du numérique mettent souvent en avant les progrès d’efficacité : serveurs plus performants, refroidissement optimisé, data centers alimentés par des énergies renouvelables, réseaux fibre plus sobres que le cuivre… Ces évolutions sont réelles et documentées.

Le problème, c’est ce qu’on appelle l’effet rebond. Lorsqu’une technologie devient plus efficace, elle coûte souvent moins cher à l’usage, ce qui augmente la demande. Résultat : la consommation totale peut continuer à croître malgré les gains d’efficacité unitaires.

On l’observe déjà :

Dans ce contexte, l’efficacité technique est nécessaire mais insuffisante. La sobriété numérique ajoute une deuxième couche : limiter la croissance des usages là où ils n’apportent pas de bénéfice réel, afin que les gains d’efficacité se traduisent effectivement par une baisse d’impact global.

Data centers : où sont les impacts environnementaux ?

Les data centers sont souvent montrés du doigt dans les reportages, avec leurs rangées de serveurs et leurs climatisations massives. Il est utile de distinguer plusieurs types d’impacts.

Consommation d’électricité

Un data center consomme de l’électricité pour :

Les grands opérateurs affichent souvent des indicateurs PUE (Power Usage Effectiveness) proches de 1,2 voire moins, ce qui signifie que 20 % de l’énergie consommée sert à autre chose que le calcul pur. Mais ce chiffre, mis en avant dans les plaquettes marketing, ne dit rien sur :

Consommation d’eau

Certains systèmes de refroidissement utilisent de grandes quantités d’eau, notamment dans les régions chaudes. Des études menées aux États-Unis et en Europe ont mis en évidence des tensions locales : concurrence avec l’irrigation agricole ou les besoins en eau potable, surtout lors d’épisodes de sécheresse. Là encore, tout dépend du contexte local, du type de technologie employée et des stratégies de réutilisation des eaux usées.

Impacts liés aux équipements

Serveurs, systèmes de stockage, équipements réseau… la fabrication de ces matériels mobilise des métaux, souvent issus de mines à fort impact environnemental (dégradation des sols, consommation d’eau, pollutions locales) et social (conditions de travail, conflits d’usage). Leur renouvellement fréquent amplifie ces impacts.

Agir uniquement sur la consommation d’électricité au fonctionnement ne suffit donc pas. La sobriété numérique implique aussi de :

Sobriété numérique au quotidien : que peuvent faire les citoyens ?

On entend souvent : “Mon petit mail en moins ne changera rien quand les géants du numérique construisent des data centers partout.” Individuellement, c’est vrai ; collectivement, c’est moins évident. Surtout, les gestes individuels ont un double effet : réduction directe des usages, et pression sociale et politique sur les acteurs du secteur.

Quelques leviers concrets, documentés par l’ADEME, le Shift Project ou l’ARCEP :

Ces gestes ne rendent pas Internet “vert”. Mais ils vont dans le sens d’une réduction des usages les plus gourmands pour un bénéfice très faible. Surtout, ils posent une question simple : “Est-ce que ce service apporte vraiment quelque chose, ou est-ce juste un réflexe ?”

Entreprises et collectivités : de l’écoconception à la gouvernance des données

La sobriété numérique ne peut pas reposer uniquement sur les particuliers. Les entreprises et les administrations ont un rôle central, à la fois comme concepteurs de services et comme gros consommateurs de ressources informatiques.

Plusieurs leviers sont identifiés dans les rapports de l’ADEME, de l’Institut du numérique responsable ou du Cigref :

Pour une collectivité locale, ces enjeux se doublent d’une dimension d’aménagement du territoire : implantation de data centers, gestion des réseaux, sensibilisation du public, soutien aux démarches d’éducation au numérique responsable.

Les limites et les controverses : ce que l’on sait, ce que l’on sait moins

Le numérique est un domaine où les chiffres circulent vite… et sont parfois approximatifs. On voit encore régulièrement des comparaisons simplistes du type “un mail équivaut à X ampoules allumées”, souvent contestées par les chercheurs.

Sur ce sujet, plusieurs points de vigilance :

Côté avantages, le numérique permet aussi de réduire des impacts dans d’autres secteurs : dématérialisation de certains déplacements, optimisation logistique, gestion intelligente de l’énergie dans les bâtiments, etc. La question n’est donc pas de savoir si le numérique est “bon” ou “mauvais” en soi, mais dans quelles conditions il est réellement bénéfique.

La sobriété numérique s’inscrit dans cette optique : maximiser les usages qui permettent d’éviter des pressions sur le climat et la biodiversité, et limiter les usages qui ne sont que du confort hyper-gourmand ou de la redondance.

Repères pratiques : comment avancer sans dramatiser ni minimiser ?

Pour résumer de façon opérationnelle :

Ce que l’on sait avec un bon niveau de confiance :

Ce qui reste incertain ou dépendant des choix à venir :

Ce que chacun peut faire, à son niveau :

La sobriété numérique ne répond pas à toutes les questions, mais elle permet de remettre de la cohérence entre nos besoins réels, les capacités physiques de la planète et les promesses du numérique. L’objectif n’est pas de se déconnecter du monde, mais de mieux choisir ce qui mérite réellement de passer par des serveurs énergivores… et ce qui peut, tout simplement, rester hors ligne.

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