Environnementpedia

Comment les collectivités locales peuvent devenir des moteurs de la transition écologique sur leur territoire

Comment les collectivités locales peuvent devenir des moteurs de la transition écologique sur leur territoire

Comment les collectivités locales peuvent devenir des moteurs de la transition écologique sur leur territoire

Vous avez peut-être déjà vu passer ces panneaux « Plan climat », « Territoire à énergie positive », « Ville nature » à l’entrée de votre commune. Mais derrière ces labels et ces slogans, que peuvent réellement faire les collectivités locales pour accélérer la transition écologique ? Et surtout : qu’est-ce qui fonctionne vraiment, chiffres à l’appui, et qu’est-ce qui relève encore du vœu pieux ?

En France, les communes, intercommunalités, départements et régions gèrent une bonne partie de ce qui pèse sur le climat et la biodiversité : bâtiments publics, transports du quotidien, déchets, aménagement du territoire, achats publics… L’Agence de la transition écologique (ADEME) estime ainsi qu’entre 50 et 70 % des leviers concrets de réduction des émissions de gaz à effet de serre se situent à l’échelle locale, via les politiques de mobilité, de logement, d’énergie et de planification urbaine.

Autrement dit, la mairie de votre ville a un pouvoir d’action bien plus important que ne le laisse penser la simple taille de son budget. À condition de l’utiliser pleinement.

Pourquoi l’échelon local est décisif pour la transition écologique

En France, les collectivités locales représentent :

Ce sont aussi les collectivités qui appliquent concrètement une partie des grandes lois nationales : loi Climat et Résilience, lois sur le logement, la mobilité, l’eau, la biodiversité, etc. Par exemple, les Plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET) sont obligatoires pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants. Ils fixent des objectifs locaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’efficacité énergétique et de qualité de l’air.

Enfin, l’échelle locale est celle où les changements se voient le plus vite : une ligne de bus plus fréquente, une piste cyclable sécurisée, la rénovation d’une école, un marché de producteurs locaux, une rivière renaturée… C’est aussi l’échelle où l’adhésion (ou le rejet) des habitants est la plus immédiate.

Reste à savoir comment transformer ce potentiel en résultats tangibles. Plusieurs leviers se dégagent, avec des retours d’expérience désormais bien documentés.

Agir sur l’urbanisme et les mobilités : limiter les besoins avant de les verdir

La première énergie la moins chère et la moins polluante reste celle que l’on ne consomme pas. À l’échelle d’un territoire, cela passe d’abord par la manière dont on aménage l’espace.

Un PLU qui favorise l’étalement urbain, les zones commerciales en périphérie, l’habitat pavillonnaire éloigné des services, c’est mécaniquement plus de kilomètres en voiture, plus de routes à construire et entretenir, plus de réseaux (eau, électricité, assainissement) à étendre. L’INSEE observe par exemple que dans les couronnes périurbaines, plus de 80 % des actifs se rendent au travail en voiture individuelle, contre moins de 50 % dans les centres des grandes agglomérations.

Les collectivités peuvent agir sur plusieurs leviers structurants :

Ces choix sont parfois conflictuels : réduire des voies de circulation pour créer des pistes cyclables, limiter le stationnement en centre-ville, densifier des quartiers existants suscitent souvent des oppositions locales. Les études d’impact, les concertations en amont et les phases de test (urbanisme tactique, aménagements temporaires) permettent de documenter les effets réels : baisse du bruit, de la pollution de l’air, augmentation de la fréquentation des commerces de proximité, etc., plutôt que de rester sur des ressentis.

Rénovation des bâtiments publics et production d’énergie locale

Les bâtiments représentent environ 45 % de la consommation d’énergie finale en France (résidentiel et tertiaire confondus), selon le ministère de la Transition énergétique. Les communes et intercommunalités sont propriétaires de milliers de bâtiments souvent vieillissants : écoles, gymnases, piscines, mairies, centres sociaux.

Deux axes sont particulièrement efficaces :

Sur la production d’énergie, les collectivités peuvent aussi devenir actrices :

La question du financement est centrale : les investissements sont lourds, mais les dispositifs existent (certificats d’économies d’énergie, fonds chaleur de l’ADEME, prêts bonifiés, aides régionales, contrats de performance énergétique). Une approche pluriannuelle, basée sur un plan d’investissement priorisé, permet d’éviter l’effet « vitrine » (quelques beaux projets très visibles mais peu structurants).

Déchets et économie circulaire : passer de la gestion à la réduction

En France, chaque habitant produit en moyenne autour de 580 kg de déchets ménagers et assimilés par an, selon les données du ministère de la Transition écologique. Les collectivités organisent leur collecte et leur traitement via des syndicats ou services dédiés. Pendant longtemps, l’enjeu a surtout été de « gérer » ces flux (collecter, enfouir, incinérer) au moindre coût.

La transition écologique suppose un changement de logique : réduire à la source, réutiliser, recycler davantage, tout en limitant les impacts des installations existantes (centres d’enfouissement, incinérateurs).

Plusieurs leviers ont montré leur efficacité :

Les controverses portent souvent sur le coût pour les ménages, l’acceptabilité des nouvelles consignes, ou encore le choix entre incinération et enfouissement. Là encore, la transparence sur les coûts réels (collecte, traitement, taxes), les impacts sanitaires et climatiques, et la présentation d’alternatives concrètes (compostage partagé, solutions pour les immeubles, dispositifs d’aide pour l’achat de bacs) sont décisives pour l’adhésion.

Protéger la biodiversité locale et adapter le territoire au changement climatique

La biodiversité n’est pas qu’une question de forêts tropicales ou de banquise. À l’échelle d’une commune, ce sont des haies, des mares, des friches, des bords de route, des jardins publics et privés, des rivières plus ou moins artificialisées. Or ces éléments rendent des services très concrets : limitation des inondations, rafraîchissement urbain, pollinisation, qualité de l’eau, agrément du cadre de vie.

Les collectivités ont plusieurs leviers :

Le GIEC rappelle que l’adaptation locale est incontournable : même avec une forte réduction des émissions globales, certains impacts sont déjà engagés (vagues de chaleur plus fréquentes, intensification des épisodes de pluies extrêmes, élévation du niveau de la mer). Les collectivités sont en première ligne pour y répondre : plans canicule, gestion des crises, aménagements pour limiter les dégâts.

Les arbitrages sont parfois complexes : construire des digues ou laisser la rivière déborder dans des zones dédiées ? Autoriser de nouvelles constructions dans des zones côtières exposées à la submersion ? Là encore, l’enjeu est de baser les décisions sur des données hydrologiques, climatiques et écologiques solides, plutôt que sur la seule pression foncière de court terme.

Utiliser la commande publique comme levier de transformation

Les collectivités locales sont de gros acheteurs : travaux, fournitures, services, alimentation, véhicules, informatique… En France, la commande publique représente environ 8 à 10 % du PIB. Elle peut donc orienter fortement l’offre des entreprises.

Les lois récentes encouragent, voire imposent, l’intégration de critères environnementaux et sociaux dans les marchés publics. Très concrètement, cela peut se traduire par :

La difficulté réside souvent dans la rédaction de ces critères (pour qu’ils soient à la fois ambitieux, juridiques robustes et réellement discriminants) et dans la capacité des petites et moyennes entreprises locales à y répondre. Un dialogue en amont avec les fournisseurs, des allotissements adaptés (diviser un grand marché en lots plus accessibles), et un accompagnement à la montée en compétence peuvent transformer ces contraintes en opportunités économiques locales.

Impliquer les habitants et les acteurs locaux : sans adhésion, pas de transformation durable

Une collectivité peut décider un plan climat très ambitieux sur le papier, il restera largement théorique si les habitants, les entreprises, les agriculteurs, les associations, ne s’y reconnaissent pas. Les décisions touchent au quotidien : se déplacer, se chauffer, se loger, produire, consommer. Elles peuvent être perçues comme des pertes de confort, de liberté ou de pouvoir d’achat si elles sont mal expliquées.

Plusieurs approches ont montré leur intérêt :

Les évaluations disponibles montrent que l’information purement descendante (campagnes d’affichage, brochures) a un impact limité si elle n’est pas reliée à des solutions concrètes, accessibles et visibles localement.

Ce que l’on sait, ce qui reste incertain, et ce que les collectivités peuvent faire dès maintenant

Les recherches en économie, en climatologie, en urbanisme et en sciences sociales convergent sur plusieurs points :

Ce qui reste incertain concerne surtout :

Dans ce contexte, les collectivités peuvent néanmoins agir sans attendre, avec quelques priorités claires :

La transition écologique ne se décrète pas depuis Paris ni depuis une seule mairie : elle se construit, territoire par territoire, à partir de décisions très concrètes sur l’usage du sol, les services publics, la manière de se déplacer, de se loger, de consommer. Les collectivités ont les mains sur une partie des leviers. À elles de s’en saisir de façon structurée, transparente et exigeante. Et à nous, habitants, entreprises, associations, de les y pousser, de participer, et de demander des comptes, données à l’appui.

Quitter la version mobile