Environnementpedia

Comment les énergies renouvelables transforment les territoires ruraux sur le plan économique et social

Comment les énergies renouvelables transforment les territoires ruraux sur le plan économique et social

Comment les énergies renouvelables transforment les territoires ruraux sur le plan économique et social

Dans beaucoup de villages, l’énergie renouvelable ne se résume plus à une éolienne au loin sur une colline. C’est une ferme qui loue une partie de ses terres pour un parc solaire, une coopérative citoyenne qui finance une petite centrale hydroélectrique, un agriculteur qui valorise ses effluents d’élevage en biométhane injecté dans le réseau. Autrement dit : un nouveau maillon de l’économie locale.

Mais derrière les promesses d’emplois, de revenus complémentaires et d’« autonomie énergétique », que montrent réellement les études sur l’impact des énergies renouvelables dans les territoires ruraux ? Qui y gagne, qui y perd, et à quelles conditions ces projets deviennent vraiment une chance pour les campagnes ?

Ce que recouvrent les « énergies renouvelables » dans les territoires ruraux

Dans les faits, les campagnes accueillent surtout quatre grandes familles de projets :

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 60 % de la capacité renouvelable ajoutée dans l’UE ces dix dernières années est implantée en zones rurales ou péri-rurales. En France, l’ADEME estime que les projets ENR génèrent en moyenne 60 à 80 % de leurs retombées économiques dans le territoire d’implantation (études, chantiers, exploitation, fiscalité), à condition que les entreprises locales soient mobilisées.

Autrement dit, la question n’est plus de savoir si ces projets transforment les campagnes, mais comment.

Des retombées économiques réelles… mais très variables

Lorsqu’un projet renouvelable s’installe dans une commune rurale, plusieurs canaux de retombées économiques apparaissent :

Quelques ordres de grandeur basés sur les données de l’ADEME, de RTE et de la filière :

À l’échelle d’un département très rural, une étude ADEME–Région Nouvelle-Aquitaine (2021) estime que les filières éolienne, solaire et biomasse représentent plusieurs centaines d’emplois directs et indirects, équivalents à une entreprise industrielle de taille moyenne, mais diffusés sur tout le territoire.

Le point clé : ces retombées ne sont pas automatiques. Lorsque le projet est porté par un grand groupe sans ancrage local, que les travaux sont confiés à des entreprises extérieures, et que la commune n’a pas négocié de clauses favorisant la sous-traitance locale, l’impact économique peut devenir très limité.

Revenus complémentaires pour les agriculteurs : opportunité ou dépendance ?

Pour les exploitations agricoles, les énergies renouvelables offrent souvent un « deuxième métier » :

Dans certaines exploitations d’élevage, la part des revenus liée à l’énergie peut atteindre 20 à 40 % du chiffre d’affaires, ce qui renforce la résilience économique face à la volatilité des prix agricoles. Un rapport de l’INRAE sur la méthanisation (2020) montre que, pour des fermes laitières de l’Ouest, la rentabilité globale de l’exploitation est significativement améliorée quand la taille et le modèle de l’unité sont adaptés à la ressource disponible.

Mais cette diversification pose plusieurs questions :

Les études convergent sur un point : les projets les plus robustes économiquement sont ceux où l’énergie reste un pilier secondaire, en appui de l’activité agricole principale, et non l’inverse. L’INRAE et l’ADEME recommandent aussi de privilégier la méthanisation basée sur des déchets (effluents, résidus de cultures, biodéchets) plutôt que sur des cultures dédiées, pour limiter les risques de concurrence avec l’alimentation.

Énergies renouvelables et services locaux : quand la facture baisse (ou pas)

Au-delà des revenus pour les communes et les agriculteurs, l’un des arguments souvent avancés est la baisse potentielle du coût de l’énergie pour les habitants. Dans la réalité, plusieurs cas de figure se présentent :

Pour les communes, la baisse des charges de fonctionnement peut être significative : un retour d’expérience de la FNCCR (fédération regroupant des collectivités) montre que des petits villages ayant rénové leur éclairage public et installé du solaire en autoconsommation sur les bâtiments communaux ont parfois réduit de 30 à 50 % leur facture d’électricité en 5 à 10 ans.

Mais il existe aussi des désillusions. Lorsque les projets sont conçus uniquement comme des outils de production exportée, sans articulation avec les besoins locaux, les habitants ont parfois le sentiment de « subir » les installations sans bénéfice direct sur leur quotidien. C’est une source récurrente de tensions sociales.

Acceptabilité sociale : du rejet frontal à l’appropriation citoyenne

Les controverses autour de l’éolien ou de la méthanisation ont montré une chose : sans dialogue en amont et sans partage clair des bénéfices, la transition énergétique peut devenir un facteur de division dans les campagnes.

Les études de sociologie de l’énergie (notamment celles du CNRS et de Mines Paris) identifient quelques déterminants majeurs de l’acceptabilité :

Un levier puissant pour renforcer cette acceptabilité est le financement citoyen et coopératif. En France, plus de 300 projets d’énergie renouvelable ont été partiellement ou totalement financés via des sociétés d’économie mixte, des coopératives locales ou des plateformes de financement participatif (chiffres Énergie Partagée). Dans ces cas, les habitants peuvent percevoir des dividendes ou des intérêts sur leur épargne, en plus des retombées fiscales pour la commune.

Les retours d’expérience montrent que lorsque les habitants deviennent co-propriétaires, la perception du projet bascule souvent : de « centrale imposée » à « outil collectif du territoire ». Cela n’efface pas toutes les critiques (notamment paysagères), mais cela réduit fortement les tensions.

Impacts sociaux : nouvelles dynamiques… et nouveaux clivages

Les transformations ne sont pas qu’économiques. L’implantation d’énergies renouvelables dans des communes rurales s’accompagne aussi de changements sociaux :

Mais ces transformations s’accompagnent aussi de risques :

Les travaux de l’INRAE et du CNRS insistent sur la nécessité d’intégrer les projets d’énergie dans des projets de territoire plus larges : réflexion sur la mobilité, l’alimentation, la rénovation des bâtiments, l’emploi, et pas seulement sur la quantité de MW à installer.

Des effets environnementaux qui conditionnent l’acceptation locale

Sur un blog dédié à l’environnement, difficile d’ignorer la dimension écologique. Oui, les énergies renouvelables réduisent les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux combustibles fossiles : en France, le bilan carbone de l’éolien terrestre est de l’ordre de 12 gCO2e/kWh, celui du solaire photovoltaïque autour de 40 à 60 gCO2e/kWh, contre plus de 700 gCO2e/kWh pour le charbon (chiffres GIEC et ADEME).

Mais à l’échelle locale, ce sont d’autres impacts qui structurent le débat :

Les retours d’expérience montrent que la perception des habitants varie fortement selon la qualité des études d’impact, la prise en compte précoce des enjeux écologiques (corridors écologiques, zones humides, patrimoine bâti) et la capacité à adapter ou renoncer à des projets lorsque les impacts sont jugés trop importants.

Pour les territoires ruraux déjà engagés dans des démarches de type « Parc naturel régional » ou « Territoire à énergie positive », l’enjeu est souvent de cohérence : comment développer des énergies renouvelables tout en maintenant un haut niveau d’exigence sur la biodiversité et les paysages ? Les arbitrages se font au cas par cas, parfois avec des renoncements assumés.

Que peuvent faire concrètement les territoires ruraux ?

Au fil des rapports (ADEME, Cour des comptes, INRAE, CNRS), quelques leviers d’action reviennent systématiquement pour maximiser les bénéfices économiques et sociaux des énergies renouvelables en milieu rural, tout en limitant les tensions.

Ce que l’on sait, ce qui reste à surveiller, et les marges de manœuvre de chacun

Les études disponibles dressent un tableau nuancé :

  • Ce que chacun peut faire, à son échelle
    • Citoyens : s’informer sur les projets en amont (études d’impact, enquêtes publiques), participer aux réunions, questionner les porteurs de projet sur les retombées locales, et, lorsque c’est possible, investir dans des projets coopératifs.
    • Élus locaux : refuser la logique du « coup par coup », exiger des montages transparents, conditionner les autorisations à des bénéfices locaux tangibles, et s’entourer d’expertises indépendantes.
    • Agriculteurs et propriétaires fonciers : analyser précisément les contrats, privilégier les partenaires acceptant un partage de gouvernance, veiller aux impacts sur la fertilité des sols et l’organisation du travail.
    • Entreprises et développeurs : intégrer dès le départ les attentes locales, ouvrir le capital, documenter rigoureusement les impacts, et accepter de renoncer ou d’adapter les projets lorsque le territoire le juge nécessaire.
  • Les énergies renouvelables ne sauveront pas à elles seules les campagnes de la désertification des services, de la fermeture des commerces ou de la fragilité agricole. Mais bien pensées, elles peuvent devenir une pièce importante d’un projet de territoire plus large : créer des revenus, stabiliser la facture énergétique, renforcer l’autonomie, et redonner à certains villages une capacité d’initiative qu’ils pensaient avoir perdue.

    Quitter la version mobile