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Comment réduire drastiquement les déchets alimentaires dans la restauration collective tout en maîtrisant les coûts

Comment réduire drastiquement les déchets alimentaires dans la restauration collective tout en maîtrisant les coûts

Comment réduire drastiquement les déchets alimentaires dans la restauration collective tout en maîtrisant les coûts

Un plateau-repas sur deux qui repart en cuisine, des bacs pleins de pain intact, des casseroles de purée jamais servies… Si vous travaillez en restauration collective, ces scènes vous sont sans doute familières. Derrière ces gestes anodins se cachent pourtant des kilos de nourriture jetée chaque jour, et des milliers d’euros perdus chaque année.

Selon l’ADEME, la restauration collective en France génère en moyenne entre 100 et 170 g de déchets alimentaires par convive et par repas, dont près de la moitié pourrait être évitée. Dans un restaurant scolaire de 500 couverts, cela représente facilement plus de 20 tonnes de nourriture par an. Et ce gâchis a un coût : achat des denrées, énergie pour les préparer, gestion des déchets…

La bonne nouvelle : des dizaines d’établissements (écoles, hôpitaux, entreprises, EHPAD) montrent qu’il est possible de réduire drastiquement ces déchets, souvent de 30 à 50 %, sans exploser les budgets – et parfois en faisant des économies nettes.

Comprendre où et pourquoi on jette : le point de départ indispensable

Le gaspillage alimentaire en restauration collective ne se limite pas à ce qui repart à la poubelle en fin de service. On distingue généralement trois grandes catégories :

Les études de l’ADEME montrent que, dans beaucoup d’établissements, le gaspillage se répartit grosso modo entre 30 % en préparation, 30 % au niveau du self/service, 40 % dans les assiettes. Autrement dit : se focaliser uniquement sur “ce qui reste dans les plateaux” ne suffit pas.

Première étape, donc : mesurer. Pas besoin d’un laboratoire, mais d’un protocole simple sur 1 à 2 semaines :

La plupart des établissements qui ont réduit leurs déchets de plus de 30 % ont commencé par cette phase de diagnostic. Elle permet de cibler les actions au lieu d’empiler les bonnes intentions inefficaces.

Adapter les portions… sans donner l’impression de “rationner”

Dans beaucoup de restaurants collectifs, les grammages ont été fixés il y a des années selon des recommandations nutritionnelles générales, parfois sans tenir compte du public réel (âge, appétit, activité physique). Résultat : des portions trop importantes, notamment pour les enfants et les personnes âgées, et des assiettes qui repartent à moitié pleines.

Les retours de terrain montrent que l’ajustement des portions est un levier majeur de réduction du gaspillage, avec des gains possibles de 10 à 25 % sur les restes d’assiettes, sans sous-alimentation si c’est bien fait.

Trois approches fonctionnent particulièrement bien :

Sur le plan économique, la réduction des grammages surdimensionnés se traduit directement par :

Dans un EHPAD de 100 résidents, l’ajustement fin des portions a permis de réduire les achats alimentaires d’environ 8 % sans baisse de qualité ni de quantité consommée, simplement en supprimant ce qui partait systématiquement à la poubelle.

Décaler le regard : de “fin de chaîne” à “pilotage en amont”

On associe souvent gaspillage alimentaire à “ce qu’on jette après service”. En réalité, une grande partie se joue en amont : planification des menus, commandes, liaison chaude/froide, gestion des stocks.

Quelques leviers concrets, utilisés dans des établissements pilotes accompagnés par l’ADEME ou des collectivités :

Une cuisine centrale universitaire ayant mis en place un suivi fin des prévisions a divisé par deux le volume de plats préparés non servis en un an. Les économies réalisées sur les matières premières ont largement compensé le temps passé au suivi des données.

Impliquer les convives : un levier sous-estimé mais décisif

Les convives – élèves, salariés, patients, résidents – ne voient souvent pas le “prix réel” de ce qu’ils jettent, puisqu’ils paient un forfait, un ticket subventionné, ou ne paient pas directement leur repas. Résultat : la portion de purée abandonnée ou le yaourt intouché semblent “sans conséquence”.

Pourtant, plusieurs dispositifs simples changent la donne :

Sur le plan psychologique, on sait que les messages culpabilisants fonctionnent mal sur le long terme. Les expériences les plus probantes en restauration collective combinent information factuelle, retours visuels et possibilité de faire des choix.

Revoir le design du self et du plateau : l’ergonomie au service de la sobriété

La configuration même du self et des plateaux influence fortement le gaspillage. Plusieurs études européennes ont mis en évidence l’effet de variables très concrètes :

Ces ajustements coûtent relativement peu (modification du parcours, remplacement progressif des assiettes, réorganisation des panières à pain) et génèrent des gains durables en tonnes de déchets évités.

Valoriser les inévitables : du déchet au co-produit

Même avec une organisation optimisée, il restera toujours une part de déchets alimentaires, notamment :

La question devient alors : comment valoriser plutôt que simplement jeter ? Trois grands types de solutions existent, avec des contraintes réglementaires et économiques différentes :

Attention cependant à ne pas tomber dans le piège : valoriser les biodéchets ne doit pas servir d’alibi pour ne pas réduire le gaspillage en amont. La priorité, du point de vue environnemental comme financier, reste de ne pas produire de déchet alimentaire.

Ce que disent les chiffres : impacts réels et gains possibles

Pour évaluer l’intérêt des démarches de réduction du gaspillage alimentaire, il faut regarder trois dimensions : environnementale, économique, sociale.

Sur le plan environnemental, l’ADEME estime que le gaspillage alimentaire représente, en France, environ 15,5 millions de tonnes de CO₂ équivalent par an, soit 3 % de l’empreinte carbone nationale. Pour la restauration collective, les études montrent qu’un kilo de nourriture gaspillée représente en moyenne entre 2 et 4 kg de CO₂ émis, selon le type de produit (la viande étant parmi les plus impactantes).

Sur le plan économique, les retours d’expériences indiquent qu’un établissement de restauration collective peut généralement :

Pour un restaurant scolaire de 500 repas/jour, fonctionnant 140 jours/an, une économie de 0,30 €/repas représente déjà 21 000 € par an. De quoi financer des ingrédients de meilleure qualité, des formations du personnel, ou des améliorations du cadre de restauration.

Sur le plan social, la réduction du gaspillage s’accompagne souvent :

Obstacles, idées reçues et limites à garder en tête

Les démarches de réduction du gaspillage ne sont pas magiques. Plusieurs freins reviennent régulièrement :

Autre point de vigilance : il existe un niveau de gaspillage “incompressible”. Viser 0 g/convive est irréaliste. Les retours de terrain suggèrent qu’autour de 50 à 70 g/convive, dans beaucoup de contextes, on se rapproche d’un plancher difficile à dépasser sans mesures très coûteuses ou contraignantes.

Passer à l’action : par où commencer, très concrètement ?

Pour un établissement de restauration collective qui souhaite s’engager, sans exploser son budget ni désorganiser le service, un plan de départ simple peut s’articuler ainsi :

À chaque étape, l’enjeu est de documenter ce qui fonctionne, ce qui bloque, et les gains (ou surcoûts) associés. C’est ce retour d’expérience qui permet ensuite de convaincre une collectivité, une direction d’hôpital, un gestionnaire d’ESN ou d’EHPAD d’investir un peu plus dans des dispositifs plus avancés (logiciels de prévision, réaménagements, équipements de valorisation).

En résumé : ce que l’on sait, ce qui reste incertain, ce que chacun peut faire

Ce que l’on sait :

Ce qui reste incertain :

Ce que chacun peut faire, à son niveau :

Réduire drastiquement les déchets alimentaires en restauration collective n’implique pas nécessairement des technologies sophistiquées ou des transformations brutales. Il s’agit plutôt d’un travail patient d’observation, d’ajustements successifs et de coopération entre cuisine, gestion, direction et usagers. Les établissements qui s’y engagent sérieusement montrent qu’on peut à la fois alléger les poubelles, le budget et l’empreinte environnementale, sans renoncer à la qualité des repas.

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