Quand on signe un devis pour des panneaux solaires, on pense surtout au prix du kilowattheure, au nombre de panneaux sur le toit et au rendement annoncé. Mais que se passe-t-il en amont, avant que ce rectangle bleu arrive chez l’installateur, et en aval, une fois sa durée de vie dépassée ?
Dans cet article, on remonte toute la chaîne : matières premières, étapes de fabrication, impacts environnementaux réels, puis recyclage. Avec, à la fin, des repères concrets pour choisir et utiliser un panneau solaire de façon plus responsable.
De quel type de panneau solaire parle-t-on ?
En pratique, plus de 90 % des panneaux solaires installés dans le monde sont des panneaux photovoltaïques en silicium cristallin. Ce sont ceux que vous voyez sur la plupart des toitures.
On distingue principalement :
- Monocristallin : cellules uniformes, aspect bleu foncé ou noir, rendement élevé (environ 20–23 %) mais fabrication un peu plus énergivore.
- Polycristallin : aspect bleu « mosaïque », rendement légèrement plus faible (16–19 %), en nette baisse sur le marché au profit du monocristallin.
- Couches minces (CdTe, CIGS…) : très minoritaires, utilisés pour certains grands parcs ou applications spécifiques, avec des matériaux plus variés (tellure, indium, gallium, parfois cadmium).
Dans la suite, on se concentre surtout sur le silicium cristallin, car c’est lui qui domine très largement le marché résidentiel et tertiaire, et donc l’essentiel des impacts et du recyclage.
De la roche au silicium : les premières étapes (très énergivores)
Le point de départ est une matière première abondante : la silice (SiO₂), présente dans le sable et certains quartz. Mais passer d’un sable brut à un silicium suffisamment pur pour l’électronique ou le photovoltaïque demande une succession d’étapes lourdes en énergie.
1. Extraction et production de silicium métallurgique
On extrait d’abord des minerais riches en silice (quartz) dans des carrières à ciel ouvert. Ces opérations entraînent :
- occupation d’espace, modification des paysages ;
- poussières et nuisances liées au transport ;
- consommation d’énergie (engins, dynamitage, concassage).
La silice est ensuite transformée en silicium « métallurgique » dans de grands fours à arc électrique, à environ 2000 °C, en présence de carbone (charbon, coke, bois) pour réduire la silice. Cette étape consomme énormément d’électricité. Selon l’ADEME et l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la fabrication du silicium et des lingots représente une part majeure de l’empreinte carbone totale d’un panneau.
2. Purification en silicium de qualité solaire
Le silicium métallurgique contient encore trop d’impuretés (bore, phosphore, métaux). On le purifie pour atteindre une pureté de 99,9999 % ou plus, via des procédés chimiques (par exemple, procédé Siemens avec production de trichlorosilane, puis dépôt de silicium sur des tiges chauffées).
Résultat : un silicium « solaire » à haute pureté, prêt à être transformé en lingots. Mais cette étape ajoute encore de la consommation d’électricité et de réactifs chimiques, et nécessite des installations industrielles très contrôlées.
Du lingot à la cellule : où se joue le rendement
Une fois le silicium raffiné, on fabrique les « briques » de base du panneau : les cellules photovoltaïques.
3. Croissance des lingots et découpe en wafers
Deux grandes techniques dominent :
- Monocristallin (procédé Czochralski) : on tire un cristal unique de silicium à partir d’un bain fondu. On obtient un lingot cylindrique ou carré, très homogène, permettant un rendement élevé.
- Polycristallin : on fait solidifier un bain de silicium dans un moule, formant un bloc composé de multiples cristaux.
Les lingots sont ensuite découpés en fines tranches de quelques dixièmes de millimètre, appelées wafers. Cette étape de sciage génère des pertes (poussières de silicium, « kerf loss »), même si l’industrie progresse pour en réduire la taille.
4. Fabrication des cellules photovoltaïques
Chaque wafer va être transformé en cellule capable de produire de l’électricité :
- texturage de la surface pour limiter les pertes par réflexion ;
- dépôt d’une couche antireflet (souvent nitrure de silicium) qui donne la couleur bleutée ;
- dopage contrôlé (ajout d’atomes comme le phosphore ou le bore) pour créer une jonction p-n : c’est elle qui sépare les charges électriques ;
- sérigraphie de grilles métalliques (argent, aluminium, parfois cuivre) pour collecter les électrons ;
- cuisson (« firing ») pour fixer les contacts métalliques.
À ce stade, on a une cellule individuelle, qui produit du courant continu lorsqu’elle est éclairée. Les rendements actuels des cellules commerciales en silicium cristallin sont en général entre 20 et 23 %, avec des records en laboratoire bien plus élevés mais encore difficiles à industrialiser.
Du module au toit : assemblage final et logistique
5. Assemblage des cellules en module
Pour constituer un panneau :
- on soude les cellules entre elles via des rubans conducteurs pour former des chaînes (strings) ;
- on les place dans un « sandwich » : verre trempé à l’avant, encapsulant plastique (EVA ou POE), parfois feuille arrière (backsheet) en plastique ou verre ;
- on ajoute un cadre en aluminium et une boîte de jonction à l’arrière.
Le tout est laminé à chaud dans un four pour coller les couches et assurer l’étanchéité. Ce cadre en aluminium et le verre représentent une part importante de la masse (souvent plus de 70 %), mais sont des matériaux bien connus et relativement simples à recycler.
6. Transport et installation
La plupart des panneaux vendus en Europe sont aujourd’hui fabriqués en Asie, notamment en Chine, qui domine la production mondiale (plus de 80 % de certaines étapes comme les wafers, selon l’AIE). Les panneaux traversent donc parfois la moitié du globe avant d’arriver sur un toit européen.
Le transport (bateau + camion) contribue à l’empreinte carbone, mais reste relativement limité par rapport à la phase de fabrication elle-même. L’ADEME estime généralement que l’« énergie grise » d’un panneau est remboursée par sa production électrique en 1 à 3 ans selon le lieu d’installation (ensoleillement, mix électrique local).
Impacts environnementaux : que pèse vraiment un panneau solaire ?
L’une des questions les plus fréquentes est : « Est-ce que les panneaux solaires polluent autant qu’ils ne produisent ? » Les analyses de cycle de vie (ACV) permettent d’y voir clair.
Émissions de CO₂ sur tout le cycle de vie
Selon l’IPCC et de nombreuses ACV (par exemple compilées par l’AIE), un kilowattheure produit par du photovoltaïque au silicium cristallin émet en moyenne :
- environ 40 à 60 gCO₂e/kWh pour des installations actuelles en Europe ;
- à comparer à 400–500 gCO₂e/kWh pour le gaz naturel et 800–1000 gCO₂e/kWh pour le charbon.
Autrement dit, même en tenant compte de la fabrication, du transport et de la fin de vie, le photovoltaïque émet globalement 8 à 20 fois moins de CO₂ par kWh que les centrales fossiles classiques.
Consommation de ressources et métaux
Un panneau à base de silicium cristallin contient principalement :
- verre (environ 70–75 % de la masse) ;
- aluminium (cadre) ;
- plastiques (encapsulant, backsheet) ;
- silicium (quelques pourcents) ;
- petites quantités de métaux (argent, cuivre).
Contrairement à certaines idées reçues, les panneaux à base de silicium ne consomment pas de grandes quantités de « terres rares ». En revanche, la consommation d’argent dans les cellules est un enjeu : l’industrie travaille à réduire cette quantité (contacts plus fins, substitution partielle par du cuivre) pour limiter la pression sur ce métal.
Les couches minces peuvent, elles, utiliser des éléments plus critiques (tellure, indium, sélénium, gallium, cadmium), mais ces technologies restent minoritaires et font l’objet de réglementations spécifiques, notamment pour les composés contenant du cadmium.
Pollutions potentielles et risques
Les principales sources de risques environnementaux liés aux panneaux solaires se situent :
- en amont : émissions liées à la production d’électricité très carbonée dans certains pays producteurs, rejets industriels en cas de mauvaise gestion des effluents ;
- en fin de vie : si les panneaux ne sont pas collectés et recyclés correctement, ils peuvent finir en décharge ou en incinération, ce qui est désormais encadré en Europe.
Sur un bâtiment, en fonctionnement normal, un panneau photovoltaïque ne rejette ni air pollué, ni eau contaminée, ni bruit. Les risques se concentrent essentiellement sur la sécurité électrique (incendie en cas de mauvaise installation), gérée par des normes.
Durée de vie, performance réelle et idées reçues
Un autre point clé est la durabilité. Combien de temps un panneau reste-t-il performant ?
Durée de vie et garantie
La plupart des fabricants garantissent :
- 10 à 15 ans sur le produit (défauts matériels) ;
- 25 ans de garantie de performance, avec une puissance résiduelle de 80 à 85 % à cet horizon.
Les études de terrain (parcs installés depuis les années 1990–2000) montrent un taux de dégradation de l’ordre de 0,3 à 0,8 % par an selon les technologies et les conditions climatiques. Autrement dit, un panneau peut continuer à produire bien au-delà de 25 ans, mais un peu moins qu’au départ.
Idées reçues fréquentes
- « Les panneaux ne produisent rien quand il fait gris » : ils produisent moins, mais produisent quand même. Un panneau réagit à la luminosité, pas uniquement au plein soleil. En France, par exemple, une installation bien dimensionnée reste rentable même dans le nord du pays.
- « Ils ne sont jamais rentabilisés énergétiquement » : la littérature scientifique montre l’inverse. Le temps de retour énergétique est généralement inférieur à 3 ans en Europe, pour une durée de vie supérieure à 25 ans.
- « Le recyclage est impossible ou inexistant » : c’était partiellement vrai il y a 20 ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui en Europe, où une filière organisée existe.
Que se passe-t-il en fin de vie : réutilisation, réemploi, recyclage
Les premières grandes vagues de panneaux installés dans les années 2000 commencent à arriver en fin de vie. La question n’est donc plus théorique.
Le cadre réglementaire en Europe
Depuis 2012, les panneaux photovoltaïques sont intégrés à la directive européenne sur les Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE). Cela implique :
- une responsabilité élargie du producteur : les fabricants/importateurs doivent financer la collecte et le traitement en fin de vie ;
- des objectifs de taux de collecte et de recyclage ;
- un suivi plus fin des flux de déchets photovoltaïques.
En France, ces obligations sont gérées par un éco-organisme (par exemple PV CYCLE France), financé via une éco-participation que vous voyez apparaître sur les devis.
Réemploi et seconde vie
Avant le recyclage, certains panneaux peuvent être réemployés :
- réutilisation de panneaux encore fonctionnels, mais démontés lors de rénovations ou de changements de puissance ;
- mise en place de filières de seconde main, par exemple pour des usages moins exigeants (abris, petits sites isolés, projets associatifs).
Cette seconde vie prolonge l’utilisation de la matière et limite les besoins en nouveaux panneaux. Toutefois, elle nécessite des contrôles de performance et de sécurité pour éviter de diffuser du matériel dégradé sans information.
Le recyclage des panneaux en silicium cristallin
Un panneau silicium se recycle en plusieurs étapes :
- Démontage : retrait du cadre en aluminium, des câbles et de la boîte de jonction.
- Broyage du module : le « sandwich » verre + cellules + plastiques est broyé.
- Séparation des fractions :
- le verre est séparé et valorisé (verrerie, isolation) ;
- les métaux (cuivre, aluminium, parfois l’argent) sont récupérés via tri et procédés métallurgiques ;
- les plastiques peuvent être valorisés énergétiquement ou, dans certains procédés, recyclés.
Les procédés les plus avancés permettent de récupérer plus de 90 % de la masse totale, principalement sous forme de verre et de métaux. Le silicium lui-même peut être partiellement réutilisé, même si cela reste encore marginal comparé au recyclage du verre et de l’aluminium.
Les couches minces nécessitent des procédés de recyclage spécifiques, avec traitement chimique pour récupérer les métaux ciblés (tellure, indium…). Ces flux, encore limités, sont en cours de structuration.
Comment réduire l’empreinte de la filière solaire ?
La fabrication et le recyclage des panneaux évoluent rapidement. Plusieurs leviers existent pour réduire encore leur impact environnemental.
Éco-conception des panneaux
Les fabricants travaillent sur :
- l’allongement de la durée de vie (meilleure résistance aux UV, à l’humidité, aux cycles thermiques) ;
- la réduction de l’épaisseur des wafers de silicium, pour produire plus de panneaux avec la même quantité de matériau ;
- la diminution des métaux critiques (argent) et des substances problématiques ;
- une architecture facilitant le démontage et le recyclage (moins de matériaux composites complexes, modules « verre-verre », etc.).
Déplacement de la production vers des mixes électriques moins carbonés
Une large part de l’empreinte carbone d’un panneau vient de l’électricité consommée dans les usines de silicium, de wafers et de cellules. Produire davantage dans des pays à mix électrique peu carboné (hydroélectricité, nucléaire, renouvelables) permettrait de réduire nettement les émissions par panneau, sans changer la technologie.
Optimisation de l’usage pendant la vie du panneau
Plus un panneau produit de kWh sur sa durée de vie, plus son impact par kWh diminue. Cela passe par :
- une installation bien orientée et non ombragée ;
- une maintenance minimale (surveillance de la production, nettoyage si nécessaire dans les zones très poussiéreuses) ;
- une intégration au bâti évitant les surchauffes excessives ;
- une adaptation de la consommation (autoconsommation, pilotage d’appareils) pour valoriser au mieux l’énergie produite.
Ce qu’il faut retenir et que faire à son échelle
Si l’on résume les connaissances actuelles :
- Un panneau solaire en silicium cristallin nécessite une fabrication énergivore, mais il rembourse cette énergie en 1 à 3 ans dans la plupart des contextes européens.
- Sur tout son cycle de vie, le photovoltaïque émet en moyenne plusieurs fois moins de CO₂ par kWh que le gaz ou le charbon.
- Les principaux matériaux (verre, aluminium, métaux) sont recyclables et une filière organisée existe en Europe via la réglementation DEEE et les éco-organismes.
- Les enjeux actuels portent surtout sur la dé-carbonation de la production (où sont fabriqués les panneaux ?), la réduction des métaux critiques et l’augmentation des taux de réemploi et de recyclage fin (argent, silicium).
À l’échelle d’un particulier ou d’une collectivité, quelques leviers concrets :
- Choisir des panneaux certifiés (normes européennes, fabricants transparents sur leurs bilans carbone, participation à un éco-organisme pour la fin de vie).
- Comparer les garanties : regarder non seulement la puissance garantie à 25 ans, mais aussi les conditions de prise en charge, la solidité du fabricant, et privilégier des acteurs susceptibles d’exister encore dans 20 ans.
- Optimiser l’installation : éviter les ombres permanentes, dimensionner correctement l’onduleur, prévoir un accès pour la maintenance, et intégrer le projet dans une réflexion plus large sur la sobriété et l’efficacité énergétique du bâtiment.
- Prévoir la fin de vie dès l’achat : vérifier que l’installateur ou le fournisseur est bien enregistré auprès d’un éco-organisme, et conserver les documents (factures, fiches techniques) qui faciliteront la prise en charge des panneaux en fin de vie.
- Pour les collectivités et entreprises : inclure des critères environnementaux dans les appels d’offres (bilan carbone des panneaux, contenu recyclé, possibilités de réemploi, proximité géographique de la production et du recyclage).
Ce qu’il reste encore à mieux documenter : l’évolution des performances de certains nouveaux designs (panneaux bifaciaux, modules ultra-fins), l’impact réel des politiques de relocalisation de la production, et la montée en puissance des filières de seconde main. Mais sur un point, la littérature scientifique est cohérente : malgré les impacts de leur fabrication, les panneaux solaires restent l’une des options les plus efficaces pour réduire les émissions du secteur électrique, à condition de les intégrer dans une stratégie globale d’énergie sobre et bien gérée.
