Environnementpedia

La renaturation des cours d’eau, bénéfices pour la biodiversité et la prévention des inondations

La renaturation des cours d’eau, bénéfices pour la biodiversité et la prévention des inondations

La renaturation des cours d’eau, bénéfices pour la biodiversité et la prévention des inondations

En France, près de 90 % des cours d’eau ont été modifiés par l’humain : rectifiés, endigués, busés, canalés. Résultat ? Des rivières transformées en “tuyaux” à ciel ouvert, avec des berges bétonnées, des lit trop profonds, des crues plus violentes et une biodiversité appauvrie. Depuis une dizaine d’années, une autre approche s’impose peu à peu : la renaturation des cours d’eau.

Derrière ce mot un peu technique se cache une idée simple : redonner aux rivières un fonctionnement plus proche de leur état naturel. Ce n’est pas un retour romantique à une nature “sauvage”, mais une stratégie très concrète pour limiter les inondations, restaurer la biodiversité et adapter les territoires au changement climatique.

Renaturation des cours d’eau : de quoi parle-t-on exactement ?

La renaturation d’un cours d’eau consiste à corriger ou à atténuer les altérations humaines qui empêchent une rivière de fonctionner normalement. L’Office français de la biodiversité (OFB) l’associe à la “restauration de la continuité écologique” et au “retour à un bon état écologique au sens de la directive-cadre sur l’eau (DCE)” de l’Union européenne.

Concrètement, cela peut inclure :

La renaturation n’est donc pas forcément “laisser faire la nature”. C’est souvent un chantier lourd, planifié, qui combine génie civil, hydromorphologie et écologie, avec des objectifs bien définis : qualité de l’eau, continuité piscicole, réduction du risque inondation, amélioration du paysage, etc.

Pourquoi a-t-on autant modifié nos rivières ?

Pour comprendre les bénéfices de la renaturation, il faut d’abord se rappeler pourquoi on a autant artificialisé les cours d’eau. Les raisons principales sont bien identifiées par les agences de l’eau et les rapports du ministère de la Transition écologique :

Ces interventions ont pu sembler efficaces à court terme. Mais elles ont aussi créé une série d’effets pervers que l’on commence à payer très cher : augmentation de la violence des crues, érosion des lits, disparition des frayères pour les poissons, baisse de la capacité d’auto-épuration des rivières, perte de zones humides et de biodiversité associée.

Comment une rivière “naturelle” réduit les inondations ?

Intuitivement, on pourrait penser qu’une rivière canalisée, bien calibrée, est plus “sûre” qu’une rivière méandriforme qui déborde sur sa plaine inondable. En réalité, c’est souvent l’inverse.

Une rivière en bon état écologique joue un rôle de “système tampon” face aux pluies intenses :

Les modèles hydrauliques réalisés dans plusieurs projets de renaturation, par exemple sur la rivière Thur en Alsace ou sur la vallée de la Seine amont, montrent régulièrement des réductions de hauteur de crue de plusieurs dizaines de centimètres en aval lorsque les zones d’expansion naturelle sont restaurées. Quelques dizaines de centimètres peuvent faire la différence entre un rez-de-chaussée inondé et un quartier préservé.

Renaturation et prévention des inondations : des exemples concrets

Plusieurs retours d’expérience en France et en Europe permettent de passer du principe général aux résultats mesurés.

Ces opérations ont un coût. Mais elles remplissent plusieurs fonctions à la fois : réduction du risque inondation, adaptation au changement climatique, restauration de la biodiversité, amélioration paysagère, attractivité touristique. C’est ce qu’on appelle des “co-bénéfices”, très recherchés dans les politiques publiques actuelles.

Un levier puissant pour la biodiversité aquatique et terrestre

La renaturation des cours d’eau est aussi, et peut-être surtout, un outil majeur pour restaurer la biodiversité. Les données de l’Observatoire national de la biodiversité montrent que les milieux aquatiques continentaux (rivières, zones humides, lacs) font partie des écosystèmes les plus dégradés en France, avec une forte proportion d’espèces menacées (amphibiens, poissons migrateurs, odonates, etc.).

Pourquoi la renaturation change-t-elle autant la donne ?

Les suivis scientifiques menés après des projets de renaturation en France montrent souvent :

Autre bénéfice souvent sous-estimé : une rivière renaturée est plus résiliente au changement climatique. Des eaux plus fraîches grâce à l’ombre, des refuges pour les espèces lors des étiages sévères, des zones humides qui restent en eau plus longtemps… Autant d’éléments qui peuvent limiter les impacts des sécheresses et des canicules sur la faune aquatique.

Des projets parfois contestés : quels sont les points de débat ?

La renaturation des cours d’eau n’échappe pas aux controverses. Plusieurs objections reviennent régulièrement lors des concertations locales :

Ces controverses ne signifient pas que la renaturation est une fausse bonne idée, mais qu’elle doit être planifiée, concertée et évaluée avec rigueur. Les retours d’expérience les plus positifs sont ceux où les acteurs locaux (agriculteurs, collectivités, associations, riverains) ont été associés très tôt aux choix techniques et aux changements d’usage.

Que peut faire une collectivité ? De la stratégie aux travaux

Pour une commune ou une intercommunalité, la renaturation d’un cours d’eau ne commence pas par les pelleteuses mais par une vision à long terme. Les outils existent déjà dans les politiques publiques françaises :

Sur le plan opérationnel, les travaux de renaturation peuvent aller de simples interventions (arrachage de quelques enrochements, replantation de ripisylve) à des chantiers lourds (déplacement de digues, reméandrage complet, effacement d’ouvrages). Les financements viennent en général d’un mix : Agences de l’eau, collectivités locales, État, Europe (fonds FEDER, Life).

Et à l’échelle des citoyens, que peut-on faire ?

On imagine souvent que la renaturation est l’affaire exclusive des ingénieurs et des bulldozers. Pourtant, les citoyens ont un rôle non négligeable à jouer, à plusieurs niveaux :

Ce que l’on sait, ce qui reste incertain, ce que l’on peut faire

Les connaissances scientifiques et les retours d’expérience convergent sur plusieurs points solides :

Des incertitudes persistent :

À l’échelle des acteurs :

Redonner aux rivières un fonctionnement plus naturel n’est pas un luxe écologique, ni un caprice d’aménageurs “verts”. C’est un investissement structurant pour limiter les dégâts des crues, restaurer des écosystèmes clés pour la biodiversité, et rendre nos territoires plus vivables dans un climat qui devient plus instable. À condition d’accepter de bouger quelques digues… au sens propre comme au figuré.

Quitter la version mobile