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Le boom du vrac et de la consigne, une révolution pour l’emballage plastique et nos habitudes de consommation

Le boom du vrac et de la consigne, une révolution pour l’emballage plastique et nos habitudes de consommation

Le boom du vrac et de la consigne, une révolution pour l’emballage plastique et nos habitudes de consommation

Dans le rayon, un même produit… mais trois façons de l’acheter

Vous arrivez au supermarché pour acheter des pâtes. Devant vous, trois options :

Sur le ticket de caisse, la différence de prix est parfois faible. Mais derrière ces trois gestes d’achat, l’impact environnemental, la quantité de déchets générés et même l’organisation de toute la chaîne logistique ne sont plus du tout les mêmes.

Le vrac (vente sans emballage jetable) et la consigne (réemploi d’un emballage, le plus souvent une bouteille ou un bocal) connaissent un essor rapide en France, soutenu par la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) et par un intérêt croissant des consommateurs. Est-ce vraiment une révolution pour l’emballage plastique… ou surtout un changement d’image ?

Regardons les chiffres, les limites et les conditions pour que ce boom soit réellement bénéfique pour l’environnement.

Pourquoi le vrac et la consigne explosent maintenant ?

En France, la consommation d’emballages atteint environ 70 kg par habitant et par an pour les seuls emballages plastiques, selon l’ADEME. Leur taux de recyclage reste limité (autour de 30 % pour les plastiques ménagers), et une partie finit en incinération, en enfouissement ou dans l’environnement.

Dans ce contexte, plusieurs leviers expliquent l’essor du vrac et de la consigne :

Autrement dit, ce qui était perçu comme un geste militant devient progressivement un élément normal de l’offre en magasin.

Impact environnemental : ce que disent les chiffres

Pour juger du bénéfice réel du vrac ou de la consigne, il faut sortir du simple « moins de plastique visible » et regarder le cycle de vie complet : production de l’emballage, transport, lavage, fin de vie, etc.

1. Vrac : effet direct sur les tonnages de déchets

Selon l’ADEME et plusieurs analyses de cycle de vie (ACV), le vrac permet généralement de réduire :

Le gain est particulièrement fort pour les produits secs (pâtes, riz, lentilles, céréales, fruits à coque) qui ne nécessitent ni barrière complexe à l’oxygène, ni conditionnement ultra-protecteur.

2. Consigne pour réemploi : un arbitrage entre poids et durée de vie

Un bocal en verre consigné est plus lourd qu’un pot en plastique à usage unique. Il nécessite donc plus d’énergie pour être fabriqué et transporté. Mais ce surcoût initial peut être amorti si le bocal est réutilisé suffisamment de fois.

Les études d’ACV menées sur les bouteilles de boisson montrent qu’une bouteille en verre consignée devient généralement plus favorable qu’une bouteille plastique à usage unique :

Le point clé, c’est donc le taux de retour des emballages, ainsi que la proximité entre les lieux de consommation, de lavage et de re-remplissage.

3. Moins de plastique, mais pas zéro impact

Vrac comme consigne ne signifient pas « sans impact » :

Les gains environnementaux sont donc réels, mais à des conditions strictes de conception des systèmes. Le « zéro emballage » parfait n’existe pas, mais on peut rapprocher fortement la courbe de déchets de zéro pour une partie des usages.

Vrac : promesses, limites et idées reçues

Le vrac a d’abord séduit par un argument très visible : sortir du plastique à usage unique au quotidien. Mais derrière cette image, plusieurs questions concrètes se posent.

Les atouts du vrac

Les limites à prendre au sérieux

Deux idées reçues fréquentes

Consigne : retour vers le futur ?

Les plus de 40 ans se souviennent des bouteilles consignées ramenées à l’épicerie du coin. Ce système a presque disparu avec l’arrivée des emballages jetables, avant de revenir progressivement à partir des années 2010.

Comment fonctionne la consigne pour réemploi ?

Le principe est simple :

La même bouteille peut ainsi servir plusieurs dizaines de fois. Certaines filières de bière ou de boissons locales annoncent des durées de vie de 20 à 40 cycles, sous réserve de casse limitée.

Les gains environnementaux potentiels

Mais un système exigeant à mettre en place

Ce que cela change pour les magasins et les industriels

Pour un supermarché ou un industriel de l’agroalimentaire, le vrac et la consigne ne sont pas seulement un changement de mobilier en rayon, mais une transformation profonde des processus.

En magasin

Côté industriels

Pour beaucoup d’acteurs, le vrac et la consigne représentent donc un investissement initial important. Mais ces systèmes peuvent aussi limiter la dépendance aux fluctuations du coût des emballages et anticiper les futures contraintes réglementaires.

Comment s’y mettre, côté citoyens et collectivités

Le passage au vrac et à la consigne n’a pas besoin d’être radical pour être utile. Quelques changements ciblés peuvent déjà avoir un effet sensible sur la quantité d’emballages générés.

Pour les particuliers

Pour les collectivités et territoires

Ce que l’on sait, ce qui reste incertain, et les leviers d’action

Ce que l’on sait bien documenter

Ce qui reste encore incertain ou très variable

Les leviers d’action à notre portée

Le boom actuel du vrac et de la consigne n’est pas une solution miracle à tous les problèmes de déchets plastiques et de surconsommation. C’est en revanche un levier concret pour réduire, à la source, une partie des emballages et pour interroger notre rapport aux objets « jetables ». En l’abordant avec des données, des tests sur le terrain et un regard critique sur les limites, il peut devenir un pilier solide de la transition vers une économie plus sobre en ressources.

Article rédigé par Mayssa Benali, analyste en environnement.

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