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Le cool roofing une solution contre le réchauffement climatique dans les villes surchauffées

Le cool roofing une solution contre le réchauffement climatique dans les villes surchauffées

Le cool roofing une solution contre le réchauffement climatique dans les villes surchauffées

En juillet, à Paris, la température de l’air affiche 32 °C. Pourtant, sur le toit plat d’un immeuble de bureaux recouvert de bitume sombre, des mesures dépassent facilement les 60 °C en plein après-midi. Sous ce même soleil, un toit traité en « cool roofing » plafonne plutôt autour de 35 à 40 °C. À l’intérieur, cela se traduit par plusieurs degrés de moins… et des climatiseurs qui tournent beaucoup moins fort.

Le cool roofing, c’est tout simplement l’idée de rendre les toits moins absorbants à la chaleur. Mais dans quelle mesure cette technique peut-elle vraiment aider à lutter contre le réchauffement climatique en ville ? Et est-ce une solution miracle ou un outil parmi d’autres ?

Un toit qui brûle sous le soleil : de quoi parle-t-on ?

La plupart des toitures de bâtiments existants en milieu urbain sont :

Un matériau sombre absorbe jusqu’à 80 à 95 % du rayonnement solaire qu’il reçoit. Résultat : la surface chauffe fortement, puis ré-émet cette chaleur sous forme d’infrarouges, réchauffant l’air au-dessus du bâtiment et, par accumulation, le quartier.

Des campagnes de mesures en France (Cerema, 2021) montrent que la température de surface d’un toit sombre peut dépasser de 25 à 30 °C celle d’un toit clair situé à conditions équivalentes. C’est énorme à l’échelle d’un îlot urbain dense.

Le cool roofing désigne un ensemble de techniques visant à rendre le toit :

Concrètement, cela passe par des peintures ou membranes claires à haute réflectance, des matériaux spécifiques « réfléchissants » ou des systèmes plus avancés (revêtements dits « cool roofs », parfois certifiés).

Îlots de chaleur urbains : pourquoi les toits comptent autant 

Les îlots de chaleur urbains (ICU) désignent la différence de température entre une zone urbanisée et sa périphérie rurale. En été, cet écart dépasse fréquemment 5 °C, et peut atteindre 8 à 10 °C lors des canicules (Météo-France, 2019).

Les causes principales sont bien connues :

Les toitures représentent une surface colossale. Dans une ville dense, elles peuvent couvrir 20 à 25 % du sol vu du ciel. Modifier la manière dont ces toits interagissent avec le rayonnement solaire n’est donc pas un détail, mais un levier majeur pour atténuer les ICU.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE, 2018) estime qu’un déploiement massif de toitures réfléchissantes dans les grandes métropoles pourrait réduire localement la température de l’air de 1 à 2 °C en période de forte chaleur. Cette baisse peut sembler modeste, mais elle a un impact direct sur :

Cool roofing : principe physique et performances mesurées

Deux paramètres sont essentiels pour comprendre le fonctionnement du cool roofing :

Les systèmes de cool roofing combinent généralement :

Les données disponibles sont assez cohérentes entre elles. Selon l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA, 2020) et plusieurs retours d’expérience européens :

À Marseille, un retour d’expérience (CSTB, 2022) sur un bâtiment tertiaire a montré :

À l’échelle d’un immeuble, l’effet est donc très concret. Mais quel est l’impact à l’échelle d’un quartier ou d’une ville ?

Avantages énergétiques et climatiques : ce que disent les chiffres

Le cool roofing agit à plusieurs niveaux :

1. Réduction de la consommation de climatisation

En renvoyant une partie du rayonnement solaire, le toit laisse entrer moins de chaleur dans le bâtiment. On parle alors de « refroidissement passif ». Plusieurs études (notamment Santamouris, 2014) estiment les économies d’énergie annuelles pour la climatisation dans les climats méditerranéens et tempérés chauds à :

2. Baisse des émissions de CO₂ associées à l’électricité

En France, le contenu carbone moyen de l’électricité est relativement bas (environ 50 gCO₂/kWh en moyenne annuelle, RTE 2022), mais il augmente en période de pointe où davantage de centrales fossiles peuvent être mobilisées. Réduire la climatisation pendant les canicules aide donc à :

3. Réduction de l’îlot de chaleur urbain

À l’échelle d’un quartier, si une grande part des toits et des façades sont réfléchissants, la quantité de chaleur stockée dans le tissu urbain diminue. Des simulations numériques (Akbari et al., 2012) suggèrent qu’une augmentation de 0,1 de l’albédo moyen d’une ville peut réduire la température de l’air de 0,3 à 0,6 °C en période chaude.

Cette baisse, combinée à d’autres mesures (végétalisation, désimperméabilisation, ombrage), peut faire la différence entre une nuit « tropicale » étouffante et une nuit légèrement plus fraîche, déterminante pour la santé des personnes vulnérables.

4. Contribution indirecte au climat global

Il existe un débat scientifique sur la manière de comptabiliser l’effet global des surfaces réfléchissantes. Augmenter l’albédo renvoie davantage de rayonnement vers l’espace, ce qui a un effet radiatif refroidissant. Certaines équipes (par exemple Levinson et Akbari, 2010) ont tenté de traduire cet effet en « tonnes de CO₂ évitées équivalentes », mais ces évaluations restent incertaines et dépendent de nombreux paramètres (durée de vie des toits, latitude, nuages).

Ce que l’on peut dire avec confiance :

Limites, effets pervers possibles et idées reçues

Comme souvent en environnement, une solution simple en apparence soulève des questions légitimes. Quelques points d’attention reviennent souvent.

« Les toits blancs vont augmenter le chauffage en hiver »

C’est partiellement vrai, mais…

Dans les climats très froids à étés courts, l’intérêt du cool roofing est en revanche plus discutable. D’où l’importance de raisonner par zone climatique, pas avec une solution « copier-coller ».

« Un toit clair, c’est moche et salissant »

Le vieillissement esthétique est un vrai sujet : pollution atmosphérique, poussières, mousses peuvent ternir le revêtement. Or, la réflectance diminue avec le temps. Les fabricants annoncent souvent une réflectance initiale et une réflectance « âgée » (après 3 ans d’exposition type). Entre les deux, la performance peut baisser de 10 à 25 points.

Deux réponses possibles :

Sur l’esthétique, on observe une diversification : certains revêtements restent clairs tout en adoptant des teintes beige, gris clair, terre cuite pâle, parfois plus acceptables visuellement que le blanc éclatant.

« Le cool roofing va suffire pour adapter les villes au réchauffement »

C’est une idée reçue dangereuse. Le cool roofing est un levier intéressant, mais il ne traite ni :

Autrement dit, il agit sur un morceau du problème : la chaleur stockée dans les toits. Pour être efficace, il doit s’inscrire dans un ensemble plus large : rénovation énergétique, désimperméabilisation, arbres urbains, conception bioclimatique des bâtiments, etc.

« Les toits réfléchissants risquent de créer de l’éblouissement »

C’est un point parfois soulevé, notamment près des aéroports ou de bâtiments vitrés. En pratique, les revêtements de cool roofing sont conçus pour réfléchir surtout dans l’infrarouge et le proche infrarouge, peu visibles pour l’œil humain. L’éblouissement peut être limité en choisissant des finitions mates ou satinées plutôt que brillantes et en respectant les prescriptions locales (notes techniques d’urbanisme, recommandations architecturales).

Cadre réglementaire et initiatives en France et ailleurs

En France, le cool roofing n’est pas encore généralisé par la réglementation, mais plusieurs signaux apparaissent :

À l’international, la dynamique est plus avancée dans certaines régions très chaudes :

Pour l’instant, la France en est plutôt au stade de l’expérimentation et de la montée en compétence des professionnels (maîtres d’ouvrage, architectes, entreprises de couverture). Les retours de terrain des prochaines années seront déterminants.

Comment passer au cool roofing : pistes pour citoyens, pros, collectivités

Selon que vous êtes locataire, propriétaire, gestionnaire de parc immobilier ou élu local, vos marges de manœuvre diffèrent, mais elles existent.

Pour les particuliers en logement collectif

Pour les propriétaires de maisons individuelles

Pour les gestionnaires de bâtiments tertiaires, industriels, logistiques

Pour les collectivités

Ce qu’il faut retenir

Sur le cool roofing, on dispose déjà d’un socle de connaissances solide, mais tout n’est pas encore tranché.

Ce que l’on sait avec un bon niveau de confiance

Ce qui reste incertain ou dépendant du contexte

Ce que chacun peut faire, à son niveau

Changer la couleur des toits ne suffira pas à sauver le climat. Mais dans des villes de plus en plus surchauffées, faire en sorte que ces surfaces immenses absorbent moins la chaleur est une mesure simple, relativement peu coûteuse, et déjà disponible. À condition de l’utiliser à bon escient, là où elle a le plus de sens, et en l’associant à d’autres leviers, le cool roofing peut devenir un allié discret mais efficace de l’adaptation urbaine au réchauffement en cours.

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