Low technology definition, pourquoi les low tech pourraient façonner l’écologie de demain

Low technology definition, pourquoi les low tech pourraient façonner l’écologie de demain

Votre téléphone tombe en panne pour la troisième fois en deux ans. Votre aspirateur connecté ne fonctionne plus sans mise à jour. Votre cafetière a rendu l’âme parce qu’un petit composant en plastique a cassé… et n’est pas réparable. Tout cela pour un service finalement assez simple : passer des appels, aspirer de la poussière, faire du café.

C’est précisément à partir de ce genre de situations du quotidien qu’est née une question centrale pour l’écologie de demain : et si nous faisions moins compliqué pour faire mieux ? C’est là qu’entrent en scène les « low tech ».

Que signifie vraiment « low tech » ?

On traduit souvent « low tech » par « basse technologie ». Mais le terme est trompeur : il ne s’agit pas de rejeter toute innovation ni de revenir à la bougie.

La plupart des définitions sérieuses des low tech (par exemple celles proposées par l’ingénieur Philippe Bihouix ou par le Low-tech Lab) convergent autour de trois idées clés :

  • Utile : la technologie répond à un besoin réel et clairement identifié, pas à un « gadget » marketing.
  • Durable : elle est conçue pour durer, être réparée, mise à jour simplement, avec des matériaux si possible locaux et peu rares.
  • Accessible : elle peut être comprise, appropriée et maintenue par un maximum de personnes, sans dépendre d’un petit cercle d’experts ou d’une chaîne mondiale complexe.

Une low tech n’est donc pas forcément « primitive ». Un vélo moderne, un poêle de masse, un four solaire, une ventilation naturelle bien conçue dans un bâtiment ou encore une application ultra légère qui prolonge la durée de vie des appareils peuvent tous être considérés comme des low tech.

À l’inverse, une high tech n’est pas toujours « mauvaise » par principe. Les panneaux solaires, les éoliennes, certains équipements médicaux, ou les systèmes de gestion intelligente de réseaux électriques sont très sophistiqués mais ont un intérêt environnemental fort. L’enjeu n’est pas de diaboliser la complexité, mais de la réserver là où elle apporte un réel bénéfice collectif.

Pourquoi les low tech intéressent autant l’écologie aujourd’hui ?

Si les low tech sont autant discutées dans les milieux environnementaux, c’est parce qu’elles répondent à plusieurs limites bien documentées de notre modèle technologique actuel.

1. L’empreinte matérielle et énergétique du numérique explose.

Selon l’ADEME et l’Arcep (rapport 2022 sur l’empreinte environnementale du numérique), le numérique représente en France environ 2,5 % de l’empreinte carbone nationale, avec une progression attendue de +45 % d’ici 2030 si aucune action n’est engagée. Une large part vient de la fabrication des équipements (smartphones, télévisions, objets connectés), gourmande en métaux rares et en énergie.

Chaque nouveau gadget « intelligent » implique :

  • de l’extraction minière (souvent dans des zones à forts impacts environnementaux et sociaux),
  • de la fabrication énergivore,
  • du transport international,
  • et, au final, un déchet complexe à recycler.

Les low tech cherchent à réduire ce cycle en privilégiant des solutions réparables, modulaires et sobres.

2. Les objectifs climatiques exigent une baisse massive et rapide des consommations.

Le dernier rapport de synthèse du GIEC (2023) rappelle que pour rester sous 1,5 °C de réchauffement, les émissions mondiales de CO₂ doivent baisser d’environ 43 % d’ici 2030 par rapport à 2019. Les seules améliorations d’efficacité (faire la même chose avec un peu moins d’énergie) ne suffiront pas : il faut aussi interroger nos besoins et nos usages.

Les low tech s’inscrivent dans ce que l’ADEME appelle la « sobriété » : réduire ou transformer certains usages (moins de trajets en voiture individuelle, bâtiments moins suréquipés, appareils moins nombreux mais plus robustes) plutôt que chercher uniquement à les « verdir » avec plus de technologie.

3. Les chaînes d’approvisionnement deviennent fragiles.

La pandémie de Covid-19 ou la guerre en Ukraine ont montré à quel point nos systèmes sont interdépendants : une rupture d’approvisionnement en semi-conducteurs et toute une industrie se grippe. Or une partie des technologies « vertes » reste dépendante de métaux stratégiques (lithium, cobalt, terres rares).

Les low tech proposent de limiter cette dépendance en :

  • réduisant le nombre d’équipements nécessaires,
  • simplifiant les systèmes,
  • favorisant des matériaux abondants et recyclables,
  • développant des savoir-faire locaux (fabrication, réparation).

Des exemples de low tech déjà bien réelles

Les low tech ne sont pas une utopie théorique. Elles existent déjà, dans des domaines très concrets.

Dans le bâtiment : ventiler, chauffer, rafraîchir autrement

  • La ventilation naturelle (puits canadiens, cheminées thermiques, façades ventilées) peut réduire significativement les besoins en climatisation dans les bâtiments neufs ou rénovés. Certaines études en climat tempéré indiquent des réductions de 30 à 50 % des besoins de refroidissement.
  • Les poêles de masse (structures lourdes stockant la chaleur d’une flambée) permettent de chauffer un logement avec peu de bois, en limitant les pics de pollution liés aux flambées répétées de petits poêles.
  • Le bioclimatisme (orientation du bâtiment, débords de toit, végétalisation, inertie thermique) repose sur des principes anciens, mais combinés à des matériaux actuels, il réduit jusqu’à 40 % des besoins en chauffage/climatisation selon l’ADEME.

Dans les déplacements : privilégier la mécanique simple

  • Le vélo, et en particulier le vélo cargo, remplace déjà une part significative des trajets en voiture en ville. D’après l’Ademe, un vélo électrique émet environ 10 à 15 gCO₂e par km (incluant sa fabrication), contre plus de 200 gCO₂e/km pour une voiture thermique moyenne.
  • Les transports collectifs « sobres » (bus, tramways, trains régionaux) restent des technologies éprouvées, relativement simples à maintenir, et à fort impact sur les émissions lorsque l’offre est bien dimensionnée.

Dans l’eau et les déchets : traiter au plus près

  • Les toilettes sèches, correctement conçues et gérées, permettent de réduire fortement la consommation d’eau potable et de valoriser les nutriments présents dans les excréments en agriculture (avec un encadrement sanitaire strict). Certaines collectivités rurales les expérimentent dans des bâtiments publics.
  • Le compostage de proximité (en pied d’immeuble, dans les quartiers) limite le transport des biodéchets et réduit les tonnages envoyés en incinération ou en décharge. En France, les biodéchets représentent environ un tiers du contenu des poubelles résiduelles.

Dans l’énergie : produire et consommer sobrement

  • Les chauffe-eau solaires thermiques sont une technologie relativement simple, avec un rendement bien supérieur au photovoltaïque pour la production de chaleur. Dans certains pays, ils couvrent déjà une part significative des besoins en eau chaude.
  • Les systèmes de cuisson économes (fours solaires, cuiseurs à bois améliorés) ont montré, dans plusieurs projets en Afrique et en Asie, des réductions de 30 à 60 % de la consommation de bois, avec des bénéfices sur la déforestation et la qualité de l’air intérieur.

Ce que disent les études : gains potentiels, mais aussi limites

Les low tech sont parfois présentées comme « la » solution miracle. La réalité est plus nuancée.

Des gains réels sur les impacts…

Plusieurs travaux prospectifs (scénarios de l’association négaWatt, études de l’ADEME sur la sobriété, analyses de l’Institut du développement durable et des relations internationales – IDDRI) convergent sur un point : la réduction des consommations d’énergie et de matières grâce à des approches sobres, dont les low tech, est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques.

Selon le scénario négaWatt 2022, une combinaison de sobriété, d’efficacité énergétique et de renouvelables pourrait permettre à la France d’atteindre la neutralité carbone vers 2050. Sans sobriété (moins d’appareils, moins de kilomètres, des bâtiments moins suréquipés), les besoins en infrastructures high tech (réseaux, centrales, stockage) exploseraient.

… mais des effets rebond et des limites d’échelle

Un point souvent rappelé par la littérature scientifique est le risque « d’effet rebond » : lorsqu’une solution est plus efficace ou moins coûteuse, on a tendance à l’utiliser davantage. Par exemple :

  • Un logement mieux isolé peut inciter à chauffer davantage pour plus de confort.
  • Un équipement peu cher et robuste peut être acheté en double « au cas où ».

Les low tech n’échappent pas à ce phénomène si elles ne s’accompagnent pas d’une réflexion sur les usages et sur les normes sociales (niveau de confort attendu, vitesse des déplacements, taille moyenne des logements, etc.).

Par ailleurs, certains besoins nécessitent des technologies de pointe : soins hospitaliers avancés, imagerie médicale, certaines infrastructures de transport ferroviaire, surveillance fine des réseaux électriques, etc. Personne ne plaide sérieusement pour remplacer un scanner médical par une « low tech » artisanale.

C’est pourquoi la plupart des chercheurs et praticiens parlent de complémentarité : réserver les high tech aux usages où elles apportent un vrai gain sociétal, et développer des low tech pour le reste, notamment dans le quotidien.

Idées reçues : les low tech, c’est revenir à la bougie ?

Les low tech cristallisent de nombreuses craintes et malentendus. En voici quelques-unes, fréquentes.

« Low tech = retour en arrière »

Remplacer une climatisation énergivore par une conception bioclimatique efficace, ou une partie des trajets en voiture par du vélo, est-ce vraiment un retour au XIXe siècle ? La question renvoie à nos représentations du progrès : plus d’objets et plus de complexité ne signifient pas forcément plus de qualité de vie.

Plusieurs enquêtes sur le bien-être (OCDE, INSEE) montrent que passé un certain seuil de confort matériel, l’augmentation des équipements n’améliore plus, ou très peu, la satisfaction de vie, alors qu’elle accroît l’empreinte écologique.

« Low tech = bricolage approximatif »

Il existe bien sûr des prototypes non aboutis ou des bricolages hasardeux. Mais la démarche low tech mature repose sur :

  • des tests (par exemple les expérimentations du Low-tech Lab sur l’habitat, la cuisine, l’énergie),
  • des analyses de cycle de vie (ACV) pour mesurer les impacts réels,
  • et une documentation ouverte pour permettre la reproduction et l’amélioration collective.

On est loin du « système D » isolé : on parle plutôt d’ingénierie frugale.

« Low tech = perte d’emplois »

La question de l’emploi est centrale et les travaux restent en cours. Certains secteurs très industrialisés pourraient voir leur activité diminuer si la demande se tourne vers des objets plus durables et réparables. Mais, en parallèle, des besoins augmentent :

  • métiers de la réparation (électroménager, électronique, vélo, bâtiment),
  • éco-conception et ingénierie orientée sobriété,
  • métiers de proximité (ateliers locaux, services de location, reconditionnement).

L’ADEME estime, dans plusieurs de ses scénarios, qu’une économie plus circulaire et plus sobre peut être créatrice nette d’emplois, à condition d’anticiper les reconversions et de soutenir les filières concernées.

Low tech au quotidien : que peuvent faire citoyens, collectivités et entreprises ?

La bonne nouvelle, c’est qu’une partie des low tech se déploie très bien à l’échelle locale et individuelle. Sans attendre un grand plan national, plusieurs leviers existent déjà.

Côté citoyens

  • Allonger la durée de vie des équipements : choisir des appareils réparables (indice de réparabilité, disponibilité des pièces), privilégier l’achat d’occasion, renoncer à renouveler un smartphone tant qu’il fonctionne.
  • Choisir des solutions simples : vélo ou marche pour les petits trajets, bouilloire plutôt que machine à café à capsule complexe, étendoir plutôt que sèche-linge quand c’est possible.
  • S’équiper en low tech ciblées : par exemple, isoler son logement par des méthodes simples (boudins de porte, rideaux épais, ventilation contrôlée), adopter un composteur de quartier, utiliser des outils manuels de qualité.
  • Apprendre à réparer : via des repair cafés, des tutoriels fiables, des ateliers associatifs. Un appareil réparé, c’est autant de matières premières et d’énergie économisées.

Côté collectivités

  • Intégrer des solutions low tech dans l’urbanisme : végétalisation, îlots de fraîcheur, bâtiments bioclimatiques, pistes cyclables sécurisées.
  • Soutenir les tiers-lieux dédiés à la réparation, au réemploi, à la fabrication sobre (fablabs, ateliers de bricolage, recycleries).
  • Expérimenter des équipements publics low tech : toilettes sèches dans certains sites, mobiliers urbains simples et robustes, éclairage public adapté (réduction de l’intensité, extinctions nocturnes partielles).
  • Inclure la sobriété et les low tech dans les cahiers des charges des marchés publics (bâtiments, services numériques, mobiliers, équipements sportifs et culturels).

Côté entreprises

  • Repenser les produits : viser la durabilité, la réparabilité, la simplicité fonctionnelle. L’écoconception peut réduire significativement les coûts de matières et d’énergie sur le cycle de vie.
  • Limiter la surenchère technologique : éviter les fonctionnalités connectées non essentielles qui complexifient, fragilisent et alourdissent l’impact des produits.
  • Développer des modèles économiques basés sur l’usage plutôt que sur le volume de vente : location, maintenance, reconditionnement.
  • Sobriété numérique interne : logiciels moins gourmands, prolongation de la durée de vie des équipements informatiques, rationalisation des données stockées.

Ce que l’on sait, ce qui reste ouvert, et comment avancer

Les travaux scientifiques, les retours d’expérience et les scénarios de transition dessinent un paysage relativement clair sur plusieurs points.

  • Ce que l’on sait :
    • La réduction des consommations d’énergie et de matières est incontournable pour respecter les limites climatiques et environnementales ; les low tech sont un levier crédible pour cela.
    • Beaucoup de besoins du quotidien peuvent être satisfaits par des solutions simples, robustes et locales, déjà éprouvées.
    • Les stratégies fondées uniquement sur la high tech, sans sobriété, conduisent à des besoins colossaux en infrastructures, métaux et énergie.
  • Ce qui reste incertain :
    • L’ampleur réelle des effets rebond : combien de sobriété effective, et combien de « récupération » des gains par de nouveaux usages ?
    • Les impacts sur l’emploi, qui dépendront des politiques de formation, de reconversion et de soutien aux filières sobres.
    • La capacité à transformer nos normes sociales (confort thermique, vitesse des déplacements, renouvellement des équipements) à un rythme compatible avec l’urgence climatique.
  • Ce que chacun peut faire dès maintenant :
    • Identifier, dans son quotidien, un ou deux domaines où une solution plus simple et plus durable est possible (mobilité, chauffage, cuisine, numérique) et tester concrètement.
    • Se former et s’informer auprès d’initiatives crédibles (Low-tech Lab, guides ADEME, réseaux de repair cafés) pour distinguer les vraies low tech des effets de mode.
    • Interpeller ses fournisseurs, sa collectivité, son entreprise sur la durabilité, la réparabilité, la sobriété des équipements et des services.

Les low tech ne constituent ni un retour nostalgique au passé, ni une baguette magique pour régler tous les enjeux environnementaux. Elles offrent plutôt un cadre de réflexion très concret : devant chaque technologie, poser trois questions simples – est-ce utile, est-ce durable, est-ce accessible ? – et accepter que, parfois, la meilleure innovation consiste à faire mieux avec moins.